Résistance variétale : l’avenir du cannabis face au HLVd

Olivier F
11 Apr 2026

Le Hop latent viroid disease (HLVd) s’est imposé en quelques années comme l’un des principaux défis phytosanitaires dans nos cultures. Contrairement à un virus, le viroïde n’est pas une particule enveloppée, mais un simple ARN circulaire de très petite taille, dépourvu de barrière protectrice (la capside). Il est donc entièrement dépendant de la machinerie cellulaire de la plante qu’il infecte. Cette simplicité contribue à sa discrétion : l’infection peut rester asymptomatique pendant une période prolongée, facilitant sa diffusion silencieuse, notamment dans les systèmes clonaux intensifs.


Par Hortizan

La revue HLVd: A Hidden Threat to the Cannabis Industry (2023), présente le HLVd comme une menace émergente majeure pour la filière. Les pertes de rendement, la diminution de la vigueur végétative et l’altération de la qualité florale sont des conséquences fréquentes, mais variables. Cette variabilité a nourri une question centrale : certains cultivars seraient-ils résistants au HLVd ?

Les études expérimentales montrent que l’impact du HLVd varie sensiblement selon les cultivars de cannabis. Les travaux expérimentaux les plus solides proviennent des recherches menées par le phytopathologiste Zamir K. Punja. Dans une étude publiée en 2024 dans le Canadian Journal of Plant Pathology, son équipe a analysé la relation entre infection confirmée par RT-qPCR et performances agronomiques. Les résultats montrent une corrélation claire entre présence du viroïde et pertes mesurables. Toutefois, l’intensité de ces pertes varie sensiblement selon les génotypes en culture. Certaines lignées présentent une réduction marquée du rendement et une dégradation rapide des plantes mères. D’autres, bien que testées positives, conservent une productivité relativement stable et n’expriment que des symptômes discrets.

Cette hétérogénéité constitue un point essentiel : la réponse au HLVd n’est pas uniforme selon les phénotypes ou génétiques ! Il est cependant crucial de distinguer deux concepts. La résistance implique que la plante empêche l’établissement ou limite fortement la réplication du pathogène. La tolérance, en revanche, signifie que l’infection est bien présente, mais que l’impact physiologique demeure limité. Les données actuellement publiées soutiennent clairement l’existence d’une variabilité de tolérance. En revanche, aucune démonstration d’une résistance stricte, au sens phytopathologique, n’a encore été apportée. Les travaux complémentaires publiés en 2025 dans la revue Plants confirment cette lecture. Ils montrent que la dynamique d’infection et la distribution tissulaire du viroïde peuvent varier selon le génotype, renforçant l’idée d’une interaction hôte-pathogène dépendante de la génétique.

La perception d’une résistance variétale dépend fortement des modalités de transmission et du niveau de pression infectieuse. Le HLVd se transmet principalement par multiplication clonale et par voie mécanique. Les outils de taille, les manipulations répétées et certains systèmes hydroponiques favorisent sa propagation lorsque les protocoles sanitaires sont insuffisants. Les travaux de Punja & co. soulignent que le viroïde, bien que relativement stable, reste sensible à des procédures de désinfection adaptées. L’usage d’hypochlorite de sodium (eau de javel) correctement dosé permet de réduire significativement la transmission via les surfaces et les instruments. Dans un environnement où la pression infectieuse est maîtrisée, un cultivar peut apparaître plus stable simplement parce qu’il est moins exposé ou contaminé plus tardivement. 

Résistance variétale : l’avenir du cannabis face au HLVd
Culture tissulaire de plants de cannabis.

Des approches expérimentales comparatives ont mis en évidence des différences mesurables entre cultivars face au HLVd. Une avancée notable dans l’analyse de la variabilité génétique provient d’une étude publiée en 2025 dans Plant Cell, Tissue and Organ Culture par Torres et co. Les chercheurs y ont évalué l’élimination du HLVd par thermothérapie (technique d’assainissement par exposition à haute température) et culture de méristème sur un panel de treize cultivars distincts (cf pic2). Le protocole, combinant traitement thermique, régénération in vitro et suivi moléculaire, a révélé des taux d’assainissement variables selon les cultivars. Certains génotypes présentaient une élimination plus fréquente du viroïde après traitement, tandis que d’autres conservaient une charge détectable malgré des conditions identiques. L’étude incluait également une analyse transcriptomique (étude de l'ensemble des ARN), suggérant que des différences d’expression génétiques pourraient influencer la capacité de la plante à limiter la persistance du viroïde.

Ces résultats confirment l’existence d’une interaction biologique différenciée entre le HLVd et ses hôtes. Ils ne démontrent toutefois pas qu’un cultivar puisse empêcher l’infection initiale en conditions naturelles. L’expérience porte sur la capacité d’éradication après infection confirmée, non sur l’immunité préalable.
Les données scientifiques disponibles montrent que la variabilité génétique dans la réponse au HLVd est réelle, ce qui en précise les limites en matière de résistance. Certains cultivars semblent mieux maintenir leurs performances malgré l’infection, et des différences mesurables existent dans la dynamique interne du viroïde. Cependant, parler de résistance au sens strict reste prématuré. Aucune étude publiée n’a encore démontré qu’un cultivar commercial empêche systématiquement l’établissement ou la réplication du HLVd après exposition contrôlée. Le terme le plus approprié, à ce stade, est celui de tolérance différentielle. Cette nuance n’est pas anodine. Elle implique que la gestion du HLVd repose autant sur des pratiques sanitaires rigoureuses que sur la sélection génétique. À mesure que les outils moléculaires et les approches transcriptomiques se développent, il deviendra possible d’identifier plus précisément les mécanismes impliqués et, peut-être, d’orienter la sélection vers des profils plus robustes.

Pour l’instant, la “résistance variétale” relève donc davantage d’une hypothèse en construction que d’un fait établi. La prudence scientifique invite à reconnaître les différences observées, tout en évitant d’attribuer trop rapidement à certaines génétiques un statut qu’aucune preuve expérimentale définitive ne vient encore confirmer.

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Olivier F