L’autre plante du mois : Radula perrottetii

Soft Secrets
03 Mar 2026

Discrètes et souvent ignorées, les hépatiques comptent pourtant parmi les premières plantes à avoir colonisé les milieux terrestres. Radula perrottetii, une espèce principalement distribuée dans les régions tropicales humides, illustre bien l’intérêt scientifique de ce groupe végétal.


Par Hortizan

Malgré sa petite taille et son organisation simple, cette plante fait l’objet d’un intérêt croissant en botanique et en chimie végétale en raison de sa composition biochimique particulière. Son étude montre que des plantes de dimension modeste peuvent toutefois offrir des clés précieuses pour mieux comprendre la diversité chimique et fonctionnelle du monde végétal.

Radula perrottetii appartient au groupe des hépatiques, des plantes non vasculaires, c’est-à-dire qui ne possèdent pas de véritables racines, de tiges ni de feuilles, et en conséquence ne disposent pas de vaisseaux internes pour transporter l’eau et les nutriments. Avec les mousses, les hépatiques forment l’ensemble des bryophytes.

Leur organisation simple reflète une étape ancienne de l’évolution végétale, tout en leur permettant de coloniser des milieux où peu d’autres plantes peuvent survivre. Sur le plan morphologique, Radula perrottetii se présente sous la forme d’un tapis aplati, constitué de tiges rampantes couvertes de feuilles imbriquées. Ces feuilles, disposées en deux rangées, donnent à la plante un aspect feuilleté caractéristique du genre Radula. L’ensemble ne dépasse que rarement quelques centimètres de longueur, ce qui explique pourquoi cette hépatique reste peu remarquée, même dans les zones où elle est abondante.

L’espèce est principalement présente dans les régions tropicales et subtropicales, où elle colonise des milieux humides et ombragés. Elle a notamment été observée au Japon, en Indonésie, en Malaisie, en Papouasie–Nouvelle-Guinée, ainsi que dans certaines régions tropicales d’Inde, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. On la retrouve fréquemment sur les écorces d’arbres, les rochers ou les substrats riches en humidité, notamment dans les forêts denses. Ces environnements offrent des conditions relativement stables en termes de température et d’hygrométrie, essentielles au maintien de son métabolisme. Bien qu’elle ne joue pas de rôle structurant visible dans les écosystèmes, Radula perrottetii participe pourtant à des fonctions écologiques importantes. En formant de fines couches végétales à la surface des supports qu’elle colonise, elle contribue à la rétention de l’eau et crée des micro-habitats favorables à de nombreux micro-organismes.

Comme l’ensemble des hépatiques, Radula perrottetii se caractérise par une croissance lente et une organisation biologique étroitement dépendante de l’eau. L’absence de tissus vasculaires impose à la plante un contact permanent avec un environnement humide, condition indispensable aux échanges de nutriments et aux processus physiologiques de base. Cette bryophyte se reproduit de deux manières. Tout d’abord, la reproduction sexuée : elle ne peut avoir lieu qu’en présence d’eau, qui permet aux cellules reproductrices mâles d’atteindre les cellules femelles, une contrainte limitant la dispersion de la plante à de courtes distances. Elle peut également se multiplier sans reproduction sexuée, par fragmentation : chaque fragment est capable de donner naissance à une nouvelle plante. Ce mode de reproduction permet à l’espèce de coloniser progressivement les surfaces qu’elle occupe. Pour faire face aux variations de son environnement immédiat, Radula perrottetii s’appuie également sur une production diversifiée de composés biochimiques. Chez les bryophytes, ces molécules jouent un rôle central dans la protection contre les micro-organismes, les champignons ou les agressions liées à leur environnement.

La chimie inattendue de Radula perrottetii
Comparaison des structures chimiques du Delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et du perrottétinène. Malgré leur origine botanique très éloignée, ces deux molécules présentent des similarités structurelles évidentes.

L’intérêt scientifique récent porté à Radula perrottetii provient avant tout de sa composition chimique singulière. Des analyses ont révélé que cette hépatique produit du perrottétinène, une molécule appartenant à la famille des composés terpéno-phénoliques. Sa structure présente des similitudes avec celle du THC, produit par le cannabis, bien que les deux substances soient issues de lignées végétales extrêmement éloignées. Cette énigme a conduit les chercheurs à s’interroger sur les interactions possibles du perrottétinène avec le système endocannabinoïde humain. Des études précliniques ont montré que cette molécule est capable de se lier à certains de ces récepteurs. Cela suggérerait des effets biologiques comparables, mais distincts, de ceux observés avec les cannabinoïdes du cannabis, même si ces résultats restent à confirmer par des recherches complémentaires. Il est essentiel de souligner que Radula perrottetii  ne partage ni les modes de production ni les structures spécialisées du cannabis. Elle ne produit ni trichomes, ni résine et sa biosynthèse du perrottétinène repose sur des voies métaboliques indépendantes. Cette convergence chimique illustre un phénomène bien connu en biologie évolutive : des organismes éloignés peuvent développer des molécules aux fonctions similaires en réponse à des contraintes pourtant bien différentes. Pour la plante elle-même, ces composés jouent probablement un rôle dans la protection contre les agressions biologiques ou les contraintes de son environnement. L’étude de Radula perrottetii ouvre ainsi un champ de recherche plus large sur la diversité des métabolites végétaux et sur un potentiel chimique encore largement inexploré chez les bryophytes.

À travers Radula perrottetii, la botanique montre que la taille ou la simplicité apparente d’une plante ne préjuge en rien de son intérêt scientifique. Cette hépatique, longtemps restée en marge des recherches botaniques, illustre la richesse biologique et chimique de cette famille, encore largement méconnue. En s’intéressant à ces organismes discrets, la science élargit son regard sur la biodiversité et ouvre de nouvelles pistes de réflexion sur les liens entre botanique, chimie et biologie.

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