L’altise : comprendre ce ravageur opportuniste
L’altise (Alticinae) désigne non pas une espèce unique, mais un ensemble de petits coléoptères appartenant à la famille des Chrysomelidae, regroupant plusieurs genres et espèces. L’expression courante « altise du chou » est ainsi un nom vernaculaire qui peut désigner différentes espèces du genre Phyllotreta. De petite taille, ces insectes peuvent pourtant produire des effets significatifs dans les systèmes cultivés. Par Bon Vivant
Présentes dans de nombreux agroécosystèmes, les altises sont surtout connues pour les perforations caractéristiques qu’elles laissent sur les feuilles. Elles ne se comportent toutefois pas comme des ravageurs systématiques : leur apparition, leur niveau de nuisance et les cultures touchées dépendent étroitement des conditions environnementales. Comprendre les altises suppose donc de dépasser la simple observation des dégâts pour s’intéresser à leurs interactions avec les plantes cultivées, au contexte agronomique et aux mécanismes naturels qui limitent leur prolifération.
L’activité des altises est fortement saisonnière et dépend étroitement des conditions climatiques. Les adultes, qui constituent le principal stade responsable des dégâts visibles, passent l’hiver à l’état dormant dans le sol, sous les débris végétaux. Leur réapparition intervient généralement au printemps, lorsque les températures deviennent plus clémentes. Des pics d’activité peuvent également survenir en fin d’été ou au début de l’automne, notamment lors d’épisodes chauds et secs. En Europe, les altises observées sur le cannabis proviennent majoritairement d’espèces associées aux Brassicacées, telles que celles inféodées aux choux, au colza, au radis, au navet, à la roquette ou à la moutarde. Toutefois, les espèces d’altises sont très nombreuses et certaines d’entre elles préféreront s’attaquer à d’autres cultures sans lien botanique direct avec cette famille. Les plantes ne constituant pas des hôtes préférentiels pouvant tout de même être affectées en cas de forte pression de population ou de conditions favorables.
Les dégâts causés par les altises sont généralement faciles à identifier, bien que leur origine puisse être confondue avec celle d’autres bioagresseurs. Ils se manifestent principalement par de petites perforations circulaires sur le limbe des feuilles, donnant un aspect criblé caractéristique. Lorsque les attaques sont précoces et répétées, la feuille peut se déformer, puis se dessécher partiellement. L’impact de ces dégâts dépend étroitement du stade de développement de la plante. Sur des individus bien installés, la perte de surface foliaire reste souvent limitée et peut être compensée. En revanche, chez les jeunes plants, une réduction même modérée du feuillage peut ralentir la croissance, fragiliser l’implantation et rendre la plante plus sensible aux stress abiotiques. Les attaques d’altises sont ainsi rarement spectaculaires, mais leur effet cumulatif peut peser sur la vigueur globale de la culture.
La gestion des altises repose avant tout sur la prévention, car une fois les attaques installées, les marges de manœuvre restent limitées. L’observation des parcelles montre que les infestations les plus marquées surviennent généralement sur des cultures déjà affaiblies. À l’inverse, une implantation rapide et vigoureuse permet souvent aux plantes de dépasser le stade de sensibilité avant que les dégâts ne deviennent significatifs. La vigueur végétale constitue ainsi l’un des premiers leviers de tolérance face aux altises.
Les pratiques agronomiques influencent directement la pression exercée par ces insectes. Le travail du sol joue notamment un rôle important : un labour ou un déchaumage après la récolte du précédent peuvent perturber les sites d’hivernation des altises et ainsi réduire leurs populations. À l’échelle du plant, plusieurs mesures préventives permettent de limiter les attaques. Le paillage, en maintenant un degré d’humidité plus élevé au niveau du sol, tend à décourager l’activité des adultes. La cendre de bois, épandue autour des plantes, peut exercer un effet répulsif temporaire. Certaines plantes associées, comme la tanaisie, le trèfle blanc ou la cataire, sont également réputées pour leur capacité à détourner ou perturber les altises, tandis que la moutarde peut jouer un rôle de plante piège en concentrant les attaques sur un hôte plus attractif.
Enfin, la régulation naturelle constitue un levier souvent sous-estimé. Les altises entrent dans le régime alimentaire de nombreux prédateurs, parmi lesquels les oiseaux insectivores et, dans les milieux disposant de points d’eau, les crapauds. La présence de haies, de bandes enherbées ou de mares favorise ces auxiliaires et contribue ainsi à maintenir les populations d’altises à un niveau compatible avec la production agricole. En cas de pression exceptionnelle, des insecticides d’origine naturelle, comme ceux à base de pyrèthre ou d’huile de neem, peuvent être envisagés, à condition de les utiliser dans une approche raisonnée.
L’altise illustre bien la complexité des relations entre insectes, plantes et pratiques agricoles. Rarement problématique de manière isolée, elle devient nuisible lorsque les conditions environnementales et agronomiques convergent en sa faveur. L’observation montre que sa gestion ne repose pas sur une réponse unique, mais sur l’association de pratiques favorisant la vigueur des cultures, la diversité végétale et la présence d’auxiliaires naturels. Plutôt que d’envisager l’altise uniquement comme un ravageur à éliminer, son étude invite à repenser l’équilibre des agroécosystèmes et à intégrer la prévention et la régulation biologique au cœur des stratégies de production.
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