Aux origines de la Haze : chronique d’une sativa devenue légende

Soft Secrets
03 Nov 2025

La Haze n’est pas seulement un nom mythique au catalogue des breeders : c’est l'histoire d'une passerelle entre les sativas tropicales des années 60-70 jusqu’à l’ère des hybrides modernes. Née sur la côte californienne puis amplifiée en Europe, elle a imposé son arôme distinctif et un effet marqué par sa clarté mentale. Son histoire, souvent romancée, mérite un récit nuancé : celui de sélections artisanales, de circulation de graines et d’un contexte culturel en mutation.


Par Hortizan

À la fin des années 1960, la Californie devient un véritable terroir culturel, propice à l’émergence de la Haze. La région baigne alors dans la contre-culture : les échanges de graines sont fréquents et les cultivateurs testent des landraces ramenées par des voyageurs des quatre coins du monde.

Deux cultivateurs locaux, passés à la postérité sous le surnom des Haze Brothers, sélectionnent patiemment des plantes à floraison longue aux profils aromatiques singuliers. Dans les récits de l’époque, les frères cultivent principalement en serre autour de Corralitos dans le comté de Santa Cruz, afin de mener des sativas tardives jusqu’en décembre–janvier. Ces producteurs vendent des lots “connoisseurs” (jusqu’à 200 $ l’once dans les 70s, voire 500 $ pour certaines fleurs d’exception) et apposent des noms descriptifs à plusieurs phénotypes comme Purple Haze, Silver Blue Haze ou Lime Green Haze. Les cultivars d’origine cités incluent des Colombiennes (Highland Gold, Wacky Weed), une Sud-Indienne de Kerala et des Mexicaines sélectionnées pour mûrir sous verre à la latitude de Santa Cruz (36,9 N).

Issue d’un métissage de sativas « landraces », la Haze originelle reste mal documentée, même si un certain consensus émerge aujourd’hui : d’abord un croisement Mexique x Colombie, enrichi ensuite par de la Thaïlandaise et probablement une lignée indienne de la région de Kerala. Ce cocktail explique ses traits célèbres : floraison très longue (12–16 semaines), arômes d’encens/bois noble/agrumes, accompagné d’un effet cérébral stimulant. D’après certaines sources, l'Original Haze est un hybride 100 % sativa stabilisé construit en trois saisons : 1ère année : femelles Colombie / Mexique x mâle sativa importé ; 2ème année : utilisation d’un mâle sud-indien (Kerala) ; 3ème année : utilisation d’un mâle thaï. Sur le plan chimique, on retrouve typiquement des monoterpènes (terpinolène, ocimènes, α/β-pinènes, limonène) et des sesquiterpènes (β-caryophyllène, humulène), avec des notes résine/encens ; les ratios varient selon la sélection.

Dans les années 1980, l’évolution du système judiciaire américain, marquée par l’escalade de la War on Drugs, bouleverse profondément l’écosystème du cannabis en augmentant fortement les risques pénaux. En Californie, l’opération CAMP (dès 1983) multiplie les éradications par hélicoptère et, en 1989, l’opération Green Merchant vise boutiques de culture, médias et milliers de cultivateurs (perquisitions, gels d’actifs, arrestations), précipitant la bascule des cultures vers l’indoor et poussant certains acteurs à chercher un cadre plus viable pour préserver et travailler les lignées. C’est ainsi que plusieurs passionnés se tournent de l’autre côté de l’Atlantique.

Les Pays-Bas, grâce à la tolérance issue de la révision de l’Opiumwet en 1976 (coffee shops sous conditions, petite possession tolérée), offrent justement cet écosystème où la vente au détail et la circulation de graines peuvent s’organiser plus ouvertement. C’est dans ce contexte que Sam “the Skunkman” (David Watson) s’installe aux alentours de 1984 avec des stocks incluant l’Original Haze et collabore avec Robert C. Clarke (Sacred Seeds/Cultivators Choice) pour préserver la diversité de l’O-Haze via de larges pollinisations libres et une sélection minimale, considérant l’O-Haze avant tout comme matériel de breeding. Des lots d’Original Haze circulent dès 1976 via Sacred Seeds et, dans le catalogue Cultivators Choice #4 (automne 1985), l’O-Haze est listée comme sativa pure, décrite comme un hybride inconstant (environ 10 % de plantes spectaculaires, 75 % “bonnes”, 10 % faibles), au goût doux et au high énergisant, mais à maturation très tardive et inadaptée à l’extérieur sous climats nordiques.

En Europe, l’architecture de la Haze doit être repensée : aux Pays-Bas, les breeders se heurtent à des intérieurs exigus et à des hivers tempérés. L’idée des années 80-90 est donc de croiser la Haze avec des génétiques plus indicas / afghanes afin de raccourcir la floraison, compacter la plante (plus trapue et discrète), et apporter des traits nouveaux. Chez Nevil Schoenmakers, la triade Haze A/B/C fait office d’épine dorsale : A et C, deux mâles clés, servent de briques pour des hybrides plus faciles à piloter (stretch, maturité, architecture), depuis les premiers NL/Skunk x Haze jusqu’aux icônes Neville’s Haze et Super Silver Haze. Le A Haze exprime le registre épices/Colombie, le C penche vers terre/cacao/Thai, tandis que la femelle B a été écartée. Au final, A et C deviennent les véritables piliers de lignées comme NL5 x Haze et Neville’s Haze.

Beaucoup de théories alternatives ont germé depuis la création de cette génétique. Mais par-delà les légendes, la Haze est l’histoire d’une rencontre : souches tropicales, cultivateurs obstinés et contexte légal contrasté. La répression américaine des 80s aux USA a paradoxalement accéléré l'exportation de cette génétique vers un havre pragmatique, les Pays Bas, où elle a pu être préservée et croisée avec d'autres lignes pour gagner en praticité sans perdre certains traits si particuliers. C’est cette alchimie partie de l’original Haze tardive jusqu’aux aux hybrides modernes qui a rendu cette génétique accessible à bien plus de cultivateurs et de consommateurs.

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