Un nouveau départ pour NORML France

Fondée aux USA en 1970 par l’avocat Keith Stroup, l’association NORML (National Organisation for the Reform of Marijuana Laws) défend les intérêts des consommateurs de cannabis et milite pour sa légalisation. De nouvelles branches (chapters) ont été créées dans plusieurs pays (Australie, Canada, Grande Bretagne, Norvège..) et NORML est devenu le lobby international du cannabis. La branche française a été créée en 2013 et en 2015, NORML France a fusionné avec l’association Chanvre & Libertés qui a alors pris le nom de “Chanvre & Libertés – NORML France”. Aujourd’hui, le nom « Chanvre & Libertés » disparaît et l’association devient simplement NORML France. Un nouveau nom plus en adéquation avec les ambitions de l’organisation qui s’est beaucoup développée ces dernières années. Pas de grand chef chez NORML France : la coordination est administrée par un bureau exécutif collégial. Nous avons interviewé Olivier Hurel, le responsable relations publiques de l’organisation.
Par Olivier F
Soft Secrets France : Vous avez récemment annoncé le changement de nom de votre association, de Chanvre et Libertés – NORML France à simplement NORML France. Pourquoi ce changement ?
Olivier Hurel (relations publiques NORML France) : Depuis notre création, notre association développe les méthodes de NORML US, dans l’optique de défendre l’intérêt public concernant la politique du chanvre : fédérer la société civile vers la réforme et convaincre le législateur et l’opinion publique avec un plaidoyer étayé et basé sur la réalité scientifique du chanvre et de ses usages.
Notre évolution vers NORML France est donc naturelle et ce nouveau logo est plus en adéquation avec l’activité de l’association et le travail de ses bénévoles. De plus, cette évolution répond à un véritable besoin: présenter une image moins fantaisiste et plus institutionnelle, dépassant largement du cadre des usagers de cannabis, permettant de s’adresser à un public plus varié. In fine, l’objectif est de donner aux citoyens en faveur de la réforme plus de visibilité, plus de crédibilité.
Enfin à travers cette nouvelle identité NORML porte les valeurs de la normalisation de la parole sur le chanvre et de son usage à moindre risque; Le tabou sociétal, verrouillé par l’interdit légal, a entraîné des carences profondes d’information auprès de la population nuisant à toute politique d’éducation à l’usage auprès des usagers et de leurs proches.
NORML France travaille à l’émergence d’une régulation responsable des filières cannabicoles pour favoriser l’usage adulte et responsable, ainsi que l’enseignement des bonnes pratiques de consommation (vaporisation, usage sans tabac,…) via des campagnes de réduction des risques spécifiquement orientées cannabis.

Le nouveau logo de l’organisation NORML France.
Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, pourrais-tu nous présenter l’association NORML US ?
NORML US à été créée en 1970 dans l’Illinois aux USA par l’avocat Keith Stroup pour défendre les droits des usagers de cannabis et basée sur le modèle des groupes de protection des consommateurs américains. Cela fait de NORML le premier groupe d’intérêt spécialement portés sur la défense des usagers de cannabis au monde.
De par sa nature, NORML a su s’étendre à d’autres états en fédérant usagers, simple citoyens, militants des droits de l’homme mais aussi avocats, juristes, médecins, sociologues, historiens, économistes, chercheurs et autres spécialistes qui se prononçaient pour la réforme.
C’est grâce à cette multiplicité des profils et de l’émulation des compétences de chacun que NORML a pu être au devant des débats et faire peser la voix de la société civile dans la mise en place des régulations de chaque état.
Les méthodes de NORML ont peut être marché aux USA mais est-il possible d’employer ces mêmes méthodes en France et en Europe alors que ce sont des pays très différents ?
L’affirmation de notre identité NORML France n’est pas née de la volonté de copier les méthodes de NORML aux USA, ce qui serait impossible vu les différences de populations et de contexte.
Il s’agissait surtout de nous inscrire dans un mouvement global pour mieux atteindre les citoyens et les professionnels en quittant notre ancienne image, très typée “usagers”, qui pouvait jouer en notre défaveur vis-à-vis de certains interlocuteurs avec qui nous cherchions à travailler.
Une structure sérieuse, ambitieuse, ouverte, fédératrice, professionnelle, ressemblant davantage à une “start-up” de jeunes motivés qu’à un groupe de copains libertaires, n’est-ce pas ce genre de mouvement dont la France a besoin pour réveiller la société civile ?
Aux USA comme en France, le noyau central de NORML sont les citoyens qui soutiennent et s’engagent localement pour une réforme des lois sur le cannabis.

NORML faisait partie des associations d’usagers auditionnées à l’assemblée nationale pour le projet de contraventionnalisation.
Le fait que l’acronyme NORML soit imprononçable ne risque t-il pas de vous porter préjudice ?
NORML aux US se prononce comme le mot “normal” (nôrməl) qui se prononcerait phonétiquement “Normaul” en France, on peut aussi accepter de le prononcer “normal” en français, parce qu’au final, les usagers sont aussi des gens normaux, et la consommation en France est déjà considérée comme normale au sein des groupes d’usagers. Notre but premier est de responsabiliser la société, de faire en sorte que la norme pour l’usager soit les pratiques à moindre risque et que ces consommations ne paraissent pas déviantes pour des gens comme M ou Mme Tout-le-monde. L’usage de chanvre est en train de s’inscrire culturellement dans notre société mais l’opinion publique reste largement sous-informée. NORML France est là pour transmettre et éduquer, pour accompagner ce phénomène.
Quelles sont vos sources de financement ?
Notre activité est transparente et notre bilan financier complet est publié chaque année sur notre site internet après validation par l’assemblée générale. L’auto-finacement (adhésions, dons et ventes boutiques) est notre principale source d’apport et elle doit certainement le rester pour garantir notre indépendance. Le mécénat et le sponsoring représentent environ 25% des apports actuellement.
Aujourd’hui, le mouvement s’est modernisé, il commence à devenir attractif, nous recevons des adhésions de plus en plus nombreuses et nous nous lançons dans une véritable démarche de financement sérieuse et assumée, à destination des entreprises, des institutions publiques et des fondations en France comme à l’International.
Mais ce n’est pas suffisant, il nous faut plus d’adhérents, plus de soutiens à la base ! Du fait du développement de l’auto-culture et de la banalisation d’un certain nombre de trafics, certains usagers de chanvre ne s’enquièrent en rien du problème de la population de manière générale.
L’égoïsme gronde : personne ne se sent touché par la loi, personne ne craint réellement la répression et donc les cultivateurs et consommateurs réguliers ne trouvent pas de raisons de nous financer. Mais dès lors qu’ils font face à la justice et que le couperet tombe, les mêmes qui rechignent à nous financer ou à nous contacter font appel à nous pour nous demander de l’aide.
Alors on fait ce qu’on peut : nous envoyons des mails, rédigeons des conclusions, mettons en contact des usagers avec les avocats de notre réseau. Actuellement, notre chargé du plaidoyer juridique traite plus d’une dizaine d’affaires en simultané pour lesquels il passe sa semaine à appeler les conseillers de probation et à récupérer dossiers et informations juridiques sur des cas très précis.
Et à chaque fois on se dit que toutes ces personnes auraient plutôt dû participer et financer le mouvement avant d’avoir eu à passer devant le juge car personne n’est à l’abri face à l’arbitraire de la prohibition des stupéfiants.

Ce panneau d’information concerne la réduction des risques pour l’usage du cannabis.
La France doit créer son propre modèle de régulation mais parmi les différents modèles de légalisation / dépénalisation, quel est, selon toi, le meilleur (ou le moins pire) ?
A la vue de ce qu’il se passe à l’étranger, nous n’avons pas encore assez de recul pour trancher et dire s’il y a des modèles de régulation meilleurs que d’autres (même si nous avons déjà notre petite idée avec le peu de retours actuels disponibles). Chaque pays, état ou province ayant formalisé des avancées a pour le moment adapté un modèle selon ses préoccupations, culture et histoire avec le produit (Ex : ultra-libéral pour le Colorado, plus étatique pour l’Uruguay, usage sacramental en Jamaïque, basé sur la tolérance au Pays-Bas ou sur l’initiative citoyenne avec les clubs en Catalogne…).
Le modèle de régulation que nous défendons est un peu un grand mélange de toutes ces régulations. Il y a une nécessité de baser ce dernier sur des piliers comme la santé (RDRD), les libertés individuelles, la justice sociale, l’équité mais aussi la sécurité.
Ce qui amènerait vers un système qui prendrait en compte tous les aspects et les usages du cannabis : la tolérance de l’auto-production et la mise en place de cannabis social clubs – qui pourraient être légaux dans une période de dépénalisation – afin de, par la suite, rentrer dans un processus de légalisation plus complet via la mise en place d’une production régie par les règles du commerce et distribuée dans des lieux spécifiques. Sans oublier la première urgence, qui reste l’accès au cannabis médical pour les patients.
Le lectorat de Soft Secrets est composé de stoners / cultivateurs qui s’engagent peu pour la légalisation…
La problématique c’est que les usagers auto-producteurs ne se prononcent pas tous ouvertement pour et, dans certains cas, ne sont absolument pas en faveur d’une légalisation, bien souvent parce qu’ils n’en comprennent pas forcément tous les enjeux.
Tant qu’ils ne rencontrent pas de difficultés avec les forces de l’État, la logique du “vivons heureux, vivons cachés” demeure. Pourquoi s’embêter à s’engager pour la réforme lorsque l’on peut accéder à un produit de qualité via sa production maison ? Peu de ces personnes osent ainsi “s’afficher”, du fait des risques que cette culture personnelle illégale à domicile impliquent. C’est seulement à la suite d’une suspension de permis ou d’une perquisition qu’elles se mobilisent car elles ont vécu cet épisode comme une atteinte directe à leurs libertés individuelles. Au final ce sont les sentiments d’injustice qui, pour le moment, nous ramènent le plus d’adhérents et d’actifs motivés.
Pour que la législation change, il faudrait surtout que son cadre s’assouplisse, que la parole se libère un peu plus et que la perception du cannabis évolue chez les non-usagers qui doivent aujourd’hui s’engager massivement à nos côtés. C’est un travail à effectuer par chacun de nous, il faut que les amateurs de chanvre sortent du placard, en montrant l’exemple d’un usage responsable !
Tout passera par l’éducation des masses. Les faits sont là, la réalité scientifique est avec nous, il n’y a plus qu’à correctement la présenter en ayant un plaidoyer construit et audible, tout cela sans passer pour des “fous-furieux-radicaux-libertaires” ou “gauchistes”.

Le stand de NORML à l’Expogrow d’Irun en 2017 (photo : Valérie Bogus).
Comment faire que la future légalisation profite surtout aux usagers et pas uniquement au gouvernement et aux grosses entreprises ?
Nous souhaitons réguler quatre filières cannabicoles distinctes: la filière médicale (pharmacie), la filière commerciale (cannabistrot sous licence privé), la filière associative (Cannabis Social Club) et la filière municipale (coopérative de réinsertion).
Nous sommes certains que la régulation peut profiter à tous avec un modèle global bien pensée, améliorant autant la justice sociale que la santé publique, le plaisir des uns que la sécurité des autres. Pour cela, il apparaît primordial de se fédérer pour faire entendre notre voix et défendre les modèles de régulation citoyens (culture domestique, filières associatives) dans lesquels les usagers décrits dans la question pourront se retrouver. Organiser le lobbying citoyen pour défendre sérieusement ces modèles en invoquant les motifs de santé publique, voilà une solution !
Plus largement, pour ceux qui peuvent et ont les compétences, on n’est jamais mieux servi que par soi-même, légiférer sur le droit d’’auto-produire profitera à ces usagers. Cependant nous souhaitons promouvoir un cadre régulé instaurant un nombre limité de plants et des exigences phytosanitaires, ainsi que de permettre aux cultivateurs de faire analyser leurs produits par chromatographie à moindre prix pour s’assurer de leur ratio en cannabinoïdes. Nous proposons d’ailleurs déjà des chromatographies pour nos adhérents au travers de notre partenariat avec la Fundación Canna.
En France, il semble que les différentes associations anti-prohibitionnistes travaillent peu ensemble…
Aujourd’hui, la donne a changé. De nouveaux visages peuplent désormais la sphère pro-régulation. Nous travaillons main dans la main avec les grosses associations du secteur, avons de nombreux projets communs qui vont d’ASUD à la Fédération Addiction. Nous n’oublions pas évidemment le canal historique du CIRC avec lequel nos membres gardent un lien affectif et avec qui nous partageons souvent des réunions et discussions.
Le mouvement est en perpétuelle transformation, il a pris conscience de la nécessité de s’unir, et nous travaillerons en ce sens durant les prochaines semaines et les prochains mois. Évidemment, le sujet reste passionnel et les individus sont souvent très – trop ?- enthousiastes mais c’est bon signe pour la suite.
Quelles sont les actions prévues pour 2018 ?
Pour 2018, au delà du calendrier politique national et des instances internationales sur lesquels nous nous calons et réagissons en conséquence grâce la rédaction de notes rédigées par nos collèges d’expertises, nous avons prévu une campagne de RdR (réduction des risques) cannabique “consommation responsable” ainsi que des conférences d’envergure pour éduquer la société civile et tenter de changer les mentalités.
Quand à nos groupes locaux, ils seront présents sur de nombreux événements festifs pour informer les festivaliers sur le chanvre et leurs droits mais aussi leur faire découvrir la vaporisation et les autres moyens existant pour consommer du chanvre de façon plus sûre et plus saine sur nos stands de réduction des risques.
www.norml.fr
Article publié dans Soft Secrets France 6-2017

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