Suisse : la vente légale de cocaïne bientôt expérimentée ?
Le 10 février 2026, le Conseil communal de Lausanne a adopté un postulat pour inviter la Municipalité à étudier un projet pilote de distribution contrôlée de produits à base de cocaïne. Le projet pourrait voir le jour en association avec d’autres villes suisses. En juin 2023, la ville de Berne avait été la première à adopter un postulat similaire pour la cocaïne.
Qu’appelle t-on, en Suisse, un postulat ? « Le postulat charge le Conseil fédéral d’examiner l’opportunité, soit de déposer un projet d’acte de l’Assemblée fédérale, soit de prendre une mesure et de présenter un rapport à ce sujet. Il peut être déposé par un député, par un groupe parlementaire ou par la majorité d’une commission », nous explique le site parlament.ch
Le postulat a été déposé par Johann Dupuis du parti « Ensemble à gauche » en 2023. ll a finalement été adopté avec 39 voix pour, 20 contre et 2 abstentions.
Le Conseil se base sur des données récentes qui montrent une augmentation de la consommation de cocaïne en Suisse. Comme en France, la cocaïne est la deuxième substance illicite la plus consommée après le cannabis.
Dans le canton de Vaud, dont le chef-lieu est Lausanne, une tonne de cocaïne serait consommée chaque année. Le canton compte 855 000 habitants et 10 000 d’entre eux consommeraient de la cocaïne de façon régulière ou occasionnelle.
Johann Dupuis, le candidat à la mairie de Lausanne qui a présenté ce texte, souligne l’importance de cette mesure, alors que la consommation de crack, un dérivé de la cocaïne particulièrement nocif, est également en augmentation : « C'est essentiel, parce que l’on constate une plus grande disponibilité de ces drogues sur le marché qui ont des impacts sévères sur la santé des consommateurs, notamment à cause de leur grand pouvoir addictif. »
Johann Dupuis prend comme exemple l’expérimentation de la vente contrôlé de cannabis appelée Cann-L à Lausanne. Cet essai pilote a commencé il y a deux ans. 1700 consommateurs réguliers de cannabis y participent. 224 kilos de cannabis légal ont été vendus. Cela représente environ 18% de la consommation totale de cannabis à Lausanne.
Johann Dupuis pense que la vente contrôlée de cocaïne présente de nombreux avantages « Pour les consommateurs, c'est la garantie d'avoir un produit de qualité, qui n'est pas coupé avec des substances inconnues. Pour les habitants, c'est une réduction du volume d'affaires pour le marché noir, donc une ville moins attractive pour le deal de rue. »
D’autres villes suisses intéressées
La ville de Lausanne pourrait s’associer avec d’autres villes et cantons suisses et collaborer avec des spécialistes des addictions dans le but d’obtenir l’autorisation de la confédération.
La ville de Berne, capitale de la Suisse a été la première à adopter un postulat similaire en juin 2023. D’autres grandes villes comme Zurich et Bâle sont en phase de réflexion. Le conseil municipal de Coire, une ville de 40 000 habitants située dans le canton des Grisons aimerait organiser « une remise de cocaïne sous surveillance. »
Le canton de Genève est opposé à cette mesure car il considère les effets de la cocaïne trop nocifs physiquement et psychiquement.
Le droit fédéral actuel n’autorise pas la vente contrôlée de cocaïne mais Johann Dupuis espère obtenir une dérogation comme pour le cannabis. « Je me range du côté des spécialistes, des experts en matière d'addiction, qui défendent également la concrétisation de cette piste. Pour autant, tous les acteurs du domaine sont conscients que c'est plus délicat pour la cocaïne que pour le cannabis », a déclaré Johann Dupuis.
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