L’autre plante du mois : le Saule

Olivier F
12 Aug 2022

Le Saule, médecine des sols et des hommes


Par Hortizan

Le Saule (Salix) représente un genre d'arbres et d'arbustes incluant plus de 350 espèces. Il fait partie de la famille des Salicacées, regroupant aussi le genre Populus, incluant Trembles et Peupliers. Un bon moyen de les différencier est d’observer leurs inflorescences : chatons pendants vers le bas pour les Populus, et à l’inverse dressés vers le haut pour les Saules. Reconnu depuis l’Antiquité pour ses propriétés médicinales, le Salix est également utilisé pour le travail du bois et pour ses aspects biostimulants au jardin.

Le Saule, matériel essentiel pour l’humanité

Il fait partie des premiers matériaux utilisés par l’homme. Le plus ancien filet de pêche retrouvé à ce jour est en Saule ! Ayant coulé au fond du lac Ancylus, (désormais mer Baltique) il y a près de 8000 ans, ce filet a été tressé à partir de fibres de l’écorce interne de ce bois. En tout temps, l’homme s’en sert pour de très nombreuses fabrications : boîtes, manche à outils, flûtes, chaises ou meubles, … Le Saule est également à l’origine de l’osier. Matériel de choix pour la vannerie, l’osier est tout simplement une jeune pousse récoltée par coupe hivernale. Relativement souple et moins susceptible de se fendre en étant tissé que les autres essences, l’osier est utilisé de multiples manières : paniers, pièges à poissons, clôtures et torchis des maisons ont longtemps été tissés à partir de ce matériel.

Dans la médecine depuis l’antiquité

Le Saule blanc Salix alba, arbre emblématique chez les Assyriens, était connu de nombreuses civilisations Antiques pour ses propriétés médicinales. Les civilisations de Sumer et d’Egypte le mentionnaient comme remède contre les courbatures et la fièvre, et ce plusieurs millénaire avant notre ère. Côté grec, le médecin et philosophe Hippocrate, au IV ème siècle avant JC, recommandait l’écorce du Salix alba pour ses propriétés antalgiques.

À l’origine de l’aspirine, l’acide spirique de la Reine des prés (anciennement dénommée Spirea ulmaria) est en tout point chimiquement similaire à l’acide salicylique. Contenu dans l’écorce des Saules, cet acide détient de nombreuses propriétés antalgiques, antipyrétiques (qui combat et guérit la fièvre) et anti-inflammatoires.

Précurseur de l’acide salicylique, la salicyline est bénéfique pour le derme, d'où son usage dans de nombreux traitements contre le vieillissement de la peau, l'acné ou les psoriasis. Mais le Saule produit également de très nombreux tanins et flavonoïdes. L'association de cette diversité de molécules présentes naturellement produit une fonction synergique : Plusieurs études prouvent que les formules contenant de l’écorce de saule irritent moins la peau que les produits ne contenant que l’élément synthétisé (Thornfeldt and Sigler 2006, Jellin and Gregory 2012).

L’autre plante du mois : le Saule
Branche d'une variété ornementale Salix matsudana, aussi dénommé saule tortueux.

Un bienfait pour l’environnement

Les Salix offrent de multiples services à son environnement : biofiltration, stabilisation des sols, abri pour la faune, … Leurs racines entrelacées, particulièrement massives, sont capables de stabiliser les pentes et de retenir l’érosion des sols. Parfait candidat pour une plantation près des cours d’eau, le Saule protège ainsi les berges contre l’action du courant. Son effet brise vent offre un abri idéal pour la faune, et il est également mellifère. Les chatons du Saule prodiguent une modeste quantité de nectar, mais tout particulièrement apprécié car apparaissant à partir de février, une saison où le pollen est denrée rare.

Les pouvoirs de phytoremédiation du genre Salix en font l’arbre de choix pour le nettoyage des sols abîmés par des années de pollution. Produits pétroliers et pesticides sont globalement dégradés par les activités bactériennes et fongiques de la rhizosphère (environnement en influence direct avec les racines). Les métaux lourds, en revanche, sont absorbés par la plante pour qu’elle les accumule et les stocke dans ses tissus. Ce type d’action nécessite du temps, car les plantes doivent emmagasiner les éléments contaminants avant d’être récoltées puis incinérées. Heureusement, les métaux tels que le cuivre, le zinc ou le cadmium peuvent être récupérés voir même réutilisés. La biomasse générée par les saules peut quant à elle être recyclée en tant que compost ou biocarburant.

Enfin, l’eau de saule permet d’aider les plantes à cicatriser, et ce à tout moment de leur vie. Tout comme les hormones d’enracinement que l’on trouve dans nos commerces spécialisés, les Salix contiennent une forte concentration d’acide β-indole butyrique. Tout comme l’acide salicylique, cet élément favorise la rhizogénèse (formation de racines). Il existe plusieurs recettes d’eau de saule pour en extraire ses principes actifs. Vous pouvez tout simplement faire tremper des tronçons de quelques centimètres pendant 2 jours (prenez les tiges les plus jeunes afin de ne pas trop endommager l’arbre). Si vous voulez un gel plus concentré, plongez des tiges plus grandes pendant 3 à 4 semaines dans un grand seau d’eau. Ces boutures de Saule vont alors raciner, et peuvent être plantées ! L’eau développe quant à elle une certaine viscosité, et agit comme un gel d’enracinement extrêmement efficace !

O
Olivier F