Réversion végétative : comment relancer une plante après floraison
Au cours d’une culture, il arrive qu’une plante prometteuse atteigne la fin de floraison sans qu’aucune bouture n’ait été prélevée auparavant. Dans ce contexte, certaines observations ouvrent une alternative : en ajustant les conditions de culture, une plante ayant fleuri peut revenir en phase de croissance.
Par Hortizan
Ce phénomène, appelé réversion végétative ou “reveg”, permet l’apparition de nouvelles pousses exploitables. À partir de celles-ci, il devient alors possible de bouturer et de conserver des génétiques qui auraient autrement disparu. La réversion végétative apparaît alors comme une solution de secours. Elle ne doit toutefois pas être confondue avec le terme “reverse”, qui désigne l’inversion sexuelle des plantes pour produire des graines féminisées. Si ses résultats restent variables, sa réussite repose sur une mise en œuvre rigoureuse.
La réversion végétative doit s’anticiper dès la floraison et repose en grande partie sur la gestion de la récolte. Une plante entièrement coupée ne peut pas repartir : il est donc essentiel de conserver une partie de sa structure, notamment des feuilles actives et des zones florales basses. Ces tissus maintiennent une activité physiologique minimale, indispensable à l’émergence de nouvelles pousses, tout en conservant des réserves internes, notamment en azote, élément clé de la synthèse des protéines et de la reprise de croissance. Leur quantité et leur niveau d’activité conditionnent directement la capacité de régénération. Le moment d’intervention est également déterminant : plus la floraison est avancée, plus les réserves de la plante sont mobilisées, réduisant ainsi son potentiel de reprise. Une récolte partielle réalisée avant un affaiblissement trop marqué, en conservant suffisamment de matière vivante, constitue donc une base favorable à la reprise (Monthony et al., 2020 ; Taiz et al., 2015).
La photopériode joue un rôle central dans la régulation des phases de développement. Son ajustement permet de réorienter l’état physiologique de la plante et marque le point de départ de la réversion végétative. Celle-ci repose sur une modification du cycle lumineux, en repassant du régime de floraison (12/12) à un cycle de croissance, généralement de 16/8 ou 18/6. Cette transition relance progressivement la croissance, à condition de maintenir un environnement stable et cohérent avec la phase végétative (Grover, 2025 ; Tabatabaei, 2024). Le retour à la croissance nécessite un ajustement progressif de la nutrition. Une fertilisation plus riche en azote favorise le développement du feuillage et des tiges, mais doit rester maîtrisée afin de ne pas fragiliser le système racinaire. L’irrigation doit également être adaptée : après la récolte, la réduction de la masse végétale diminue les besoins en eau, et un excès peut nuire à l’oxygénation des racines et favoriser les moisissures. Un substrat aéré, combiné à des apports modérés et à des conditions stables de température et d’humidité, permet de soutenir efficacement la reprise, ces paramètres influençant directement l’activité racinaire et la croissance végétative (Taiz et al., 2015).
Après ces ajustements, la plante entre dans une phase de transition lente et atypique. Les nouvelles pousses peuvent apparaître à partir des anciennes fleurs, et les feuilles présentent souvent une morphologie simplifiée (cf. Photo 1). Ces caractéristiques traduisent une reprogrammation progressive du développement. Cette phase peut durer plusieurs semaines et varie selon l’état initial de la plante (Tabatabaei et al., 2024). Durant cette période, il est préférable de limiter les interventions. Les tailles, rempotages ou changements brusques peuvent perturber la reprise. Une fois la plante de nouveau en croissance, elle développera progressivement des pousses adaptées au bouturage. Il est essentiel d’attendre qu’une tige soit suffisamment vigoureuse avant tout prélèvement, car une intervention trop précoce compromet les chances d’obtenir une bouture viable. Une seule pousse bien développée peut suffire, à condition que le bouturage soit réalisé correctement, ce qui contribue à préserver la plante d’origine.
Cette pratique reste généralement envisagée comme une intervention corrective, pour la plupart des cultivateurs qui préfèrent néanmoins prendre des boutures avant de passer en floraison. La réversion végétative permet cependant de réactiver le potentiel méristématique d’une plante après floraison et de rouvrir une fenêtre de multiplication végétative. Cette approche témoigne de la plasticité phénotypique du cannabis face aux conditions de culture et souligne le rôle déterminant de l’environnement dans la reprogrammation développementale de la plante. Cette approche s’inscrit dans l’évolution des pratiques culturales, où la maîtrise du cycle végétatif devient un levier stratégique pour préserver des génotypes qui auraient autrement été perdus (Alter et al., 2024). Elle rappelle enfin que, même en fin de cycle, le potentiel d’une plante reste exploitable pour qui sait en maîtriser les mécanismes.
<<<< A lire également
La dégénérescence clonale : une menace pour nos plantes mères
Préserver la diversité végétale : comment freiner l’érosion génétique