La fin de la phase végétative : une révolution dans la culture du cannabis

Soft Secrets
24 Jun 2026

J’ai passé près de cinquante ans à arpenter les jardins de cannabis, des cultures clandestines du Triangle d’Émeraude aux installations indoor de pointe des Pays-Bas. Durant tout ce temps, une règle d’or a été scrupuleusement respectée par tous les cultivateurs que j’ai rencontrés : l’indispensable phase végétative. On nous a tous appris que cette phase est la base du rendement.


Par Jorge Cervantes

On prend ses semis ou ses clones, on les expose à 18 ou 24 heures de lumière, et on passe des semaines à laisser se développer leurs racines, leurs tiges épaisses et leur canopée luxuriante. On les taille, on les palisse, on les fait passer dans des flets SCROG… et on attend. Deux semaines, quatre semaines, parfois six, à payer l’électricité, les nutriments et la main-d’œuvre, sans que la plante ne produise un seul gramme de fleur.

Et si tout ce que nous pensions savoir sur la phase végétative était faux ?

Qu’est-ce que la culture “No-Veg” ?

J’ai récemment analysé des données révolutionnaires provenant des Pays-Bas, berceau de l’horticulture indoor. Un consortium regroupant Innexo, Fluence et Grodan mène des essais contrôlés qui remettent en question les fondements mêmes de nos méthodes de culture. Ils appellent cela la technique “No-Veg”.

L’idée est radicale dans sa simplicité: prendre un clone enraciné ou une graine germée et la placer immédiatement – dès le premier jour – sous un cycle lumineux de floraison de 12 heures de lumière et 12 heures d’obscurité. Pas un seul jour de 18 heures de lumière et 6 heures d’obscurité.Aucune transition végétative. Le cycle de floraiso nlui-même assure la structure de la plante : racines, tiges et canopée se développent sous un cycle 12h/12h. La croissance est pilotée par l’irrigation, la fertilisation et le climat, sans passer par la phase végétative.

Les chiffres qui m’ont fait changer d’avis

Sur le papier, la croissance végétative classique semble toujours prometteuse: les essais ont montré qu’une culture avec deux semaines en veg produisait environ 712 g/m² par récolte, contre environ 622 g/m² pour la méthode sans veg, soit environ 13 % de moins par cycle. Nombre de cultivateurs s’arrêtent là. Mais si l’on prend en compte une année complète, les chiffres s’inversent. Un programme de culture avec veg classique permet environ quatre récoltes. La méthode sans veg en permet six, plus courtes, sur la même surface. Le rendement annuel passe d’environ 4 111 g/m²/an à environ 4 621 g/m²/an, soit environ 12 % de fleurs en plus par mètre carré et par an. La consommation d’énergie lumineuse diminue d’environ 30 % et la main-d’œuvre d’environ 37 %.

On récolte ainsi plus de fleurs commercialisables avec moins d’électricité et moins d’heures de travail. Comme me l’a expliqué Dominique van Gruisen, PDG d’Innexo: «“Maintenir les laùês en phase végétative pour produire du feuillage destiné ensuite à être jeté est contre productif. La phase végétative consomme environ 50 % d’heures de lumière en plus que la floraison, ce qui représente un coût énergétique important pour le cultivateur.”

Renverser la pyramide de qualité

Les grandes plantes à longue phase végétative développent une pyramide de qualité : une fine couche supérieure de fleurs de qualité A, une couche intermédiaire de qualité B et une large base de feuillage léger et aéré que personne ne souhaite tailler. Le feuillage dense se fait de l’ombre à lui-même ; seule la strate supérieure bénéficie d’une lumière optimale. La No-Veg inverse la pyramide traditionnelle. Au lieu de buissons tentaculaires, on obtient des colonnes hautes et élancées aux canopées ouvertes, permettant à la lumière d’atteindre chaque tête. Lors des essais, le pourcentage de fleurs de qualité A est passé de 20 % à 35 %, tandis que celui des fleurs de qualité C a chuté de 25 % à seulement 5 %. L’indice de récolte – le poids des fleurs en pourcentage de la biomasse totale de la plante – se situe entre 60 % et 80 %. On réduit les déchets de taille et on obtient davantage de têtes de première qualité. Maîtriser l’étirement plutôt que le combattre Comment une plante qui saute la phase végétative peut-elle atteindre une taille suffisante pour produire? La réponse réside dans l’étirement – cette poussée de croissance verticale explosive que connaît chaque plante de cannabis lors de son passage en floraison. Dans  les cultures traditionnelles, on la combat; avec la No-Veg, on l’encourage.

Comme les plantes n’ont pas développé un buisson complexe de branches latérales, l’énergie se concentre sur la tige et sur quelques têtes principales, formant ainsi une colonne haute et nette. Dès le premier jour, la lumière pénètre plus profondément et la plante équilibre naturellement son feuillage et sa floraison, ne nécessitant qu’un minimum d’entretien. La nature se charge de la taille. À partir de graines: semez directement dans un grand pot défnitif – idéalement de 11 à 12 litres. La racine pivotante s’enfonce profondément, exploite tout cet espace et envoie un signal d’abondance au reste de la plante. Même si le cycle lumineux de 12 h/12 h annonce l’arrivée de l’hiver, ce signal racinaire compense le stress et timule une croissance vigoureuse

Des racines parfaites ou rien

S’il y a une leçon à tirer des essais, c’est celle-ci: vos racines doivent être irréprochables. Frank Janssen de Grodan l’exprime sans détour: “Il n’y a aucune marge d’erreur possible durant les deux premières semaines. Le moindre problème survenant à ce stade aura des répercussions sur le reste du cycle” Les chercheurs utilisent un système de notation des racines (0 à 5) pour les clones placés dans des pastilles de laine de roche. L’idéal se situe entre 2 et 3: les racines ont colonisé la pastille, avec 10 à 30 pointes blanches et brillantes qui se développent vers l’extérieur, sans toutefois s’enrouler ni dépérir. Trop peu de racines et la plante ne survivra pas. Trop de racines indiquent un stress racinaire.

Conseil de Jorge : Commencez toujours avec 20 à 30 % de clones de plus que nécessaire et éliminez impitoyablement tout ceux qui ne sont pas parfaits. L’uniformité souterraine garantit
l’uniformité aérienne.

Votre feuille de route hebdomadaire pour la culture sans phase végétative

La culture sans veg n’est pas une solution de facilité pour les cultivateurs paresseux; elle exige une gestion précise de l’eau, des nutriments et du  climat. Dans les substrats inertes comme la lainede roche, ce que vous apportez est ce que les racines reçoivent. Vous contrôlez donc la plante avec une précision chirurgicale. Au début, vous facilitez la croissance des racines (faible concentration de nutriments, humidité abondante). Ensuite, vous augmentez progressivement le stress (engrais plus concentrés, périodes de sécheresse nocturnes) pour stimuler la floraison. Voici comment se déroule un cycle typique :
Semaine 1 — Tout ou rien : lumière modérée (cycle 12/12), forte humidité, température élevée (25-26 °C). Ne pas arroser les premiers jours pour laisser les racines chercher l’humidité. Si une plante semble faible au 3e jour, arrachez-la. Elle ne s’en remettra pas.

Semaine 2 — Début de la croissance : augmenter l’intensité lumineuse. Arroser fréquemment et légèrement. La plante devrait visiblement pousser chaque jour.

Semaine 3 Croissance maximale : lumière à pleine puissance. À la fn de cette semaine, augmenter la concentration d’engrais pour que la plante cesse de s’étioler et commence à se  fortifer. Laisser le substrat sécher davantage pendant la nuit.

Semaine 4 — Floraison fnale  : les plantes atteignent leur hauteur fnale (70-120 cm) avec la formation de pistils blancs à chaque nœud. Ne pas retirer les feuilles. Ces petites feuilles en éventail, parfaitement positionnées, sont les réserves de sucre qui alimentent les têtes.

Semaines 5 à 7 — Croissance: Arroser plus abondamment mais moins fréquemment. Laisser sécher le substrat pendant la nuit. Baisser la température pour préserver les terpènes et réduire l’humidité pour éviter les moisissures.

Semaines 8 à 9 — Maturation : diminuer l’apport en nutriments pour permettre à la plante d’utiliser ses réserves. Observer les trichomes: une coloration laiteuse avec une légère teinte ambrée indique qu’il est temps de récolter.

La technique No-Veg est-elle faite pour vous?

Soyons clairs, cette technique ne convient pas à tous. Il n’y a pas le temps de récupérer des erreurs: une erreur commise dès la première semaine se répercute inévitablement sur le rendement fnal. De plus, la technique No-Veg repose sur une densité de plantation plus élevée (8 à 10 plantes par mètre carré). Si la réglementation locale limite le nombre de plantes, il est préférable de privilégier les grandes variétés avec une longue phase végétative. Lorsqu’elle est adaptée, ses avantages sont indéniables. Six récoltes par an garantissent un flux de trésorerie toutes les huit semaines et une rotation plus rapide des variétés. Des plantes plus petites sont plus faciles à gérer, les coûts énergétiques et de main-d’œuvre diminuent, et les cycles plus courts laissent moins de temps aux ravageurs et aux maladies pour s’installer. Dominique van Gruisen prévoit que cette approche deviendra la norme du secteur d’ici cinq ans pour tous les producteurs non limités par le nombre de plantes : “Environ 2 000 professionnels du secteur ont visité notre centre de démonstration et tous ceux qui ont vu cette approche en action sont repartis convaincus qu’il s’agit de la voie à suivre.”

L’avenir est à l’effcacité

L’industrie du cannabis évolue, passant des caves aux salles de réunion, de l’art à la science. La technique No-Veg exige d’être un meilleur cultivateur : maîtriser ses racines, son climat et son irrigation.Ce n’est pas une solution miracle. Mais si vous y parvenez, les avantages son indéniables : plus de récoltes, une meilleure qualité, des coûts réduits.

L’avenir de la culture est à l’efcacité. La question est: êtes-vous prêt à abandonner la phase
Végétative ? Cultivez intelligemment. Cultivez efcacement. Et comme toujours, visez haut !
Jorge Cervantes

Source: Innexo, Essais contrôlés Fluence & Grodan.
Pour plus d’information : innexo.nl | jorge-cervantes.com

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