Arjan Roskam, l’homme derrière Green House et Strain Hunters

Soft Secrets
21 Sep 2026

Arjan Roskam est l’un des entrepreneurs du cannabis les plus célèbres et les plus prospères au monde. Ses documentaires “Strain Hunters” touchent des millions de personnes et avec ses coffee shops “Green House”, il a bâti un véritable empire du cannabis au niveau mondial. Celui qui se proclame le Roi du cannabis” compte de nombreux adeptes, mais son style et ses méthodes suscitent également des réticences. Soft Secrets dresse son portrait.


Par Derrick Bergman

Roskam est né le 4 avril 1970 en Afrique du Sud. Citoyen néerlandais, il a passé son enfance en Afrique. Adolescent, il commence à cultiver du cannabis à partir de graines rapportées de contrées lointaines par des amis. Il raconte souvent aux journalistes comment, à dix-sept ans, il a voyagé seul à travers l’Asie. En Thaïlande, cherchant un endroit où dormir, il s’est retrouvé dans un centre de désintoxication dirigé par un homme âgé qui utilisait des 
plantes médicinales.

« J’y suis resté sept jours », a-t-il confié à Honeysucklemag en 2024. « À mon départ, il m’a donné des graines de cannabis et m’a dit: Emporte-les et fais-les pousser. Cet homme ne m’a pas seulement transmis des gènes ; il m’a confié une mission. » Un beau récit, raconté avec la bravade caractéristique de Roskam. En 1992, à seulement 22 ans, il ouvre son premier coffeeshop rue Tolstraat à Amsterdam. Il l’a baptisé Green House.

Un nouveau venu en ville

Nous vivons l’âge d’or des coffeeshops aux Pays-Bas. Chaque semaine, une nouvelle boutique ouvre ses portes quelque part. La Nederwiet est en plein essor et les politiciens et la police sont préoccupés par d’autres sujets. Roskam est le petit nouveau, vingt ans plus jeune que les grands pionniers comme Henk de Vries (The Bulldog), Ben Dronkers (Sensi Seeds) et le parrain du cannabis, Wernard Bruining. Roskam est ambitieux et possède un sens commercial infaillible. Son premier coffeeshop est conçu comme un grand café luxueux, avec un souci du détail méticuleux.

Et il a de la bonne herbe…

Lors de sa première participation à la High Times Cannabis Cup de 1993, Green House a remporté le deuxième prix de la Coffeeshop Cup. Sur plus de 1 500 coffeeshops aux Pays-Bas en 1993, seuls 22 étaient en lice. La valeur de la récompense est donc relative mais Roskam comprend mieux que quiconque que cet événement américain est un formidable outil de marketing.

Des Américains à Amsterdam

La High Times Cup a vu le jour en 1987 avec une poignée d’experts en cannabis américains, dont le spécialiste de la culture Ed Rosenthal. Aux alentours de Thanksgiving, ils se sont rendus à Amsterdam, tous frais payés par le magazine High Times, pour juger le cannabis provenant des premières banques de semences des Pays-Bas.

Le magazine a largement couvert l’événement et, à partir de 1991, a offert à ses lecteurs la possibilité de devenir eux-mêmes juges. Ce fut une opportunité en or : à son apogée, des centaines d’Américains affluent à Amsterdam pour la compétition. Roskam a choyé les juges: ils ont reçu de cadeaux et des échantillons, et un service de navette gratuit Green House assurait la liaison entre le siège de la High Times Cup et son coffeeshop. Il s’est même autoproclamé King du Cannabis, car “ c’est ce que les Américains adorent ”, comme il me l’a expliqué des années plus tard. Lors de la septième édition, en 1994, Green House a remporté le premier prix de la Coffeeshop Cup, de la Bio Cup et de la Hash Cup.

Green House Seed Co.

La même année, Roskam fonde la Green House Seed Co. avec le breeder australien Scott Blakey, alias Shantibaba. L’entreprise avait accès aux génétiques que David Watson (“Sam the Skunkman”) avait rapportées des États-Unis lors de son installation aux Pays-Bas dans les années 1980.

Des classiques comme la Skunk #1, l’Original Haze et la Durban Poison. Blakey avait amassé une vaste collection de graines lors de ses voyages en Asie et avait également créé et stabilisé lui-même des croisements.

La collaboration fut de courte durée ; Blakey fut racheté en 1998. Depuis, la paternité de la White Widow et d’autres croisements populaires fait débat. Les critiques accusent Roskam de s’approprier des variétés développées par d’autres. Il a commenté ces accusations dans le documentaire de Vice, Kings of Cannabis (2013) : “ C’est un groupe de personnes qui ne nous aiment pas. Aux Pays-Bas, on dit: tant qu’on parle de vous, tout va bien. Il faut s’inquiéter si on arrête d’en parler. 

Strain Hunters

Ces controverses n’ont eu que peu d’impact sur le succès de Green House. Le nombre de coffeeshops Green House est passé à quatre, chacun plus beau que le précédent. Une pléiade de stars internationales s’y font photographier, de Rihanna à Snoop Dogg, en passant par Eminem et Woody Harrelson.

Et Roskam continue de remporter des High Times Cups, avec plus de quarante titres à son actif, un record.

Grâce à Strain Hunters, lancé en 2008, Arjan Roskam et Green House font encore plus parler d’eux. Les vidéos de ses expéditions au Malawi, au Maroc, en Inde, en Colombie, au Congo et dans d’autres pays ont cumulé des millions de vues sur YouTube. L’objectif de ces voyages est de collecter des semences de variétés locales pures.

Le passionné italien Franco Loja contribue sans aucun doute au succès de Strain Hunters. Il a appris son métier auprès de James Burton, un vétéran du Vietnam réfugié aux Pays-Bas et fondateur de la Stichting Institute of Medical Marijuana (SIMM) en 1993.

Loja a travaillé à la SIMM pendant quatre ans, puis pour Green House jusqu’à sa mort subite en 2017. « Un de nos meilleurs amis et une personne formidable », a déclaré Roskam à propos de Loja dans le podcast High Tea Potcast de 2021. “Au début de Strain Hunters, tout le monde pensait que j’étais fou. On allait tous finir en prison. Franco était le seul à dire: Allons-y! Ça a étonnamment bien fonctionné. La suite, vous la connaissez.”

“ La raison pour laquelle j’ai lancé Strain Hunters est que je suis originaire d’Afrique. Autour de l’équateur, 200 millions de personnes dépendent du cannabis. Elles cultivent de petits champs pour vivre. Elles donnent l’huile et les graines aux bébés pour soulager leurs coliques. C’est un mode de vie, une philosophie. Il y a beaucoup de choses derrière tout cela, qui ont été occultées en Occident.”  Roskam est convaincu que les films Strain Hunters sont porteurs de changement : “ Nous montrons la réalité d’un pays et nous disons: agissez ! Dans presque tous les pays que nous avons visités, le gouvernement a fait évoluer les choses en quelques années. Nous en sommes extrêmement fiers.”

Collaboration infructueuse

Le Strain Hunters Club est installé dans une rue adjacente aux Ramblas à Barcelone depuis 2014. Amsterdam compte quatre coffee shops Greenhouse et un Strain Hunters Club. On y trouve également le Green House Feeding, un engrais en poudre, et le GH Medical

Après l’échec d’une collaboration avec la société canadienne Canopy Growth, Roskam a décidé de poursuivre son expansion en Thaïlande. «  En 2018, nous avons été contactés par l’Université de Bangkok et plusieurs partis politiques thaïlandais », a-t-il déclaré fin 2025 lors du Congrès PCN sur le cannabis à Eindhoven. «  Ils nous ont invités à présenter notre projet de cannabis médicinal. »

Roskam a conseillé aux Thaïlandais, selon ses propres termes : « Si vous vous ouvrez, ne reproduisez pas les erreurs des Pays-Bas, du Canada et des États-Unis: ouvrez tout. » Et c’est ce qu’ils ont fait. En Thaïlande, où il réside la majeure partie de l’année depuis 2023, Roskam peut cultiver du cannabis en toute légalité et à faible coût. Le 20 mai 2023, Green House Thailand, son premier coffee shop en Thaïlande, a inauguré ses locaux à Bangkok. Son rêve d’intégration verticale est devenu réalité ce jour-là.

Intégration verticale complète

Interrogé sur les leçons que l’Europe peut tirer de la Thaïlande en matière de cannabis, Roskam a répondu : « La liberté, avant tout. Laissons faire les entrepreneurs. » Ainsi, chacun a la liberté de créer sa propre usine et d’opérer une chaîne de valeur entièrement intégrée. Il peut ainsi approvisionner directement ses propres points de vente depuis son site de production. Et même exporter, si son activité et ses certifications sont en règle. « C’est le modèle dont j’ai toujours rêvé. C’est pourquoi j’ai choisi cette voie. »

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