Cannabis médical et auto-médication en Belgique : une étude académique

Cannabis médical et auto-médication en Belgique : une étude académique
Frédérique Bawin est criminologue à l'Université de Gand en Belgique. Entre 2015 et 2020 elle a travaillé sur la consommation de cannabis médicinal pour l'Institute for Social Drug Research. Puisque le cannabis thérapeutique en Belgique n'est pas encadré dans un contexte de légalité, Bawin, s'appuyant sur deux méthodes de collecte de données (381 questionnaires en ligne et 62 entretiens) a voulu enquêter sur la réalité vécue par les patients qui se trouvent vivent, malgré eux, en marge des services de santé fournis par l'Etat belge.

SSFR: En quoi consiste votre enquête sur la consommation de cannabis médical en Belgique ?

Frédérique Bawin : L’étude s’est concentrée sur le profil de ceux se qui conçoivent eux mêmes comme utilisateurs de cannabis médicinal et sur leurs modes de consommation. Alors que les connaissances scientifiques sur les effets médicinaux du cannabis continuent d’augmenter, les informations sur les modèles de consommation et sur les profils des utilisateurs de cannabis médicinal étaient rares. Pour cette raison, j’ai commencé à faire des recherches sur le point de vue des patients.

Quel était le principal objectif de votre recherche ?

L’objectif principal était d’améliorer notre compréhension de l’utilisation du cannabis à des fins médicales, en présentant une image nuancée et complète du phénomène, avec un accent particulier sur les frontières floues entre la consommation de cannabis médicinal et récréatif. Notre objectif était d’explorer et de comprendre les profils, les modèles de consommation de cannabis et les expériences de ceux qui «s’étiquetaient» en tant qu’utilisateurs de cannabis médicinal.

Quel est le contexte juridique pour le cannabis médical en Belgique ?

Les médicaments à base de cannabinoïdes sont autorisés par un arrêté royal de 2015. Il est possible de recevoir les produits pharmaceutiques à base de cannabinoïdes enregistrés dans une pharmacie et uniquement sur ordonnance. En ce moment, le spray oromuqueux Sativex est disponible. Ce médicament est censé être utilisé pour le traitement de la spasticité causée par la sclérose en plaques et uniquement par les patients pour lesquels d’autres traitements se sont avérés inefficaces. De plus, il n’est disponible que dans les pharmacies hospitalières et doit être prescrit par un neurologue. D’autres médecins sont autorisés à prescrire Sativex off-label pour les patients qui ne souffrent pas de sclérose, par exemple pour la douleur chronique, mais ils ne recevront aucun remboursement. Étant donné que, sans remboursement, le Sativex est extrêmement coûteux, il n’est pas réaliste pour d’autres patients de l’utiliser régulièrement. Je pense que plus récemment, l’Epidiolex a également été approuvé.

Les inflorescences de cannabis et ses extraits sont-ils utilisés comme médicament ?

L’arrêté royal interdit formellement les préparations magistrales qui contiennent du THC. Il interdit également la distribution de la plante. Le cannabis n’est sous aucune condition autorisé en Belgique. La possession et la culture de cannabis avec un pourcentage de THC supérieur à 0,2% est illégale. Ainsi, l’utilisation de l’herbe de cannabis à des fins récréatives et médicales n’est pas autorisée. La loi n’autorise que les préparations magistrales à base de poudre de cannabidiol (CBD), et uniquement sur ordonnance. Les produits CBD tels que l’huile ou les onguents sont disponibles dans les pharmacies. Le cannabis n’est pas reconnu en tant que médicament, sauf les médicaments cannabinoïdes autorisés et ayant obtenu une licence, tels que Sativex et Epidiolex.

Quelle est l’approche de l’État envers ceux qui se traitent avec du cannabis par leurs propres moyens ?

Une directive conjointe publiée en 2005 par le Ministre de la Justice et le Collège des procureurs publics stipule que, lorsque des adultes possèdent une quantité de cannabis propre à un usage personnel (ne dépassant pas trois grammes ou un maximum d’une plante cultivée), il n’y a pas de circonstances aggravantes et il ne perturbe pas l’ordre public, le parquet a la priorité la plus basse. Pourtant, en raison du statut illégal du cannabis, les personnes qui l’utilisent avec des fins médicales doivent se tourner vers de source illicite, en l’absence de tout contrôle de qualité.

Revenant à votre recherche, pouvez-vous nous présenter vos conclusions ?

L’étude montre que les consommateurs de cannabis pour des fins médicaux constituent une population très hétérogène dont le principal objectif est de soulager les symptômes grâce à la consommation de cannabis. L’étude a révélé que les motifs de la consommation récréative et médicinale sont étroitement liés et non mutuellement exclusifs, mais sensibles au contexte.

Cannabis médical et auto-médication en Belgique : une étude académique

Si le cannabis et ses extraits sont illégaux, comment les personnes que vous avez interviewées y ont-elles eu accès ?

Il existe une option pour les patients belges pour obtenir fleurs et huile de cannabis de qualité médicale, mais cela implique également d’enfreindre la loi. Puisque les médecins belges ont la liberté thérapeutique, ils ne sont pas en violation d’une loi lorsqu’ils prescrivent du cannabis à leurs patients. Tout médecin en Belgique est autorisé à le prescrire pour n’importe quelle indication. Ces prescriptions sont valables dans les pharmacies hollandaises qui fournissent cannabis de qualité pharmaceutique produite par la société Bedrocan. Cependant, l’importation de cannabis des Pays-Bas en Belgique est illégale et cela signifie qu’il reste une chance de poursuites. Accéder au cannabis de cette façon est probablement encore une meilleure option que de s’aventurer dans des circuits illégaux, car les patients ont la garantie d’un produit de qualité avec une force et une composition constantes, et leurs médecins sont informés de leur consommation.

Dans votre étude, vous avez demandé aux participants où ils se procuraient leur cannabis. Qu’est-ce qu’ils vous ont répondu ?

25,4% des participants ont obtenu du cannabis principalement grâce à la culture à domicile. La culture du cannabis était considérée comme bon marché, fiable et sûre. Ensuite était courant l’achat de cannabis auprès de revendeurs au marché noir (25,7%) et via les réseaux sociaux (19,2%). Alors que le cannabis cultivé localement peut être contrôlé dans une mesure limitée, il n’y a pas de contrôle lors de l’achat via des sources d’approvisionnement informelles. Sans surprise, étant donné le climat juridique actuel, seul un petit groupe des participants à l’enquête a acheté des produits à base de cannabis dans les pharmacies hollandaises (9,7%). Ces produits, achetés sur ordonnance, ne sont pas remboursés par les assurances maladie, ce qui pourrait constituer un obstacle. Cela signifie que très peu de participants utilisaient des produits à base de cannabis qui ont des compositions de cannabinoïdes standardisées, une force constante et sont exempts de contaminants. Peu de répondants (moins de 1%) ont indiqué acheter le seul médicament  cannabinoïde en vente dans les pharmacies hospitalières, le Sativex.

Dans votre recherche, vous avez découvert que les utilisateurs de cannabis médicinal obtenaient leurs produits à partir d’une moyenne de trois modalités d’accès différentes. Comment expliquez-vous cela ?

Premièrement, les entretiens montrent que les gens ont obtenu différents types de produits à base de cannabis de différentes sources (par exemple, la culture de cannabis à la maison, tout en commandant des liquides de cannabis en ligne). Deuxièmement, les personnes interrogées ont acheté des produits du cannabis auprès de plusieurs sources pour des raisons pratiques et des obstacles à l’accès. Une autre indication intéressante était que l’incapacité de trouver du cannabis était la deuxième raison en importance pour les participants ayant des périodes pendant lesquelles ils n’ont pas consommé leur médicament.

Quel était le coût mensuel moyen du cannabis médical  ?

En moyenne, les participants ont dépensé 75 euros par mois. La consommation de cannabis médicinal n’étant pas autorisée en Belgique, les produits non réglementés ne sont évidemment pas remboursés. Cela signifie que les coûts peuvent constituer un obstacle. Les entretiens montrent que les patients à faible revenu ont eu du mal à payer le prix du cannabis. Les prix payés pour le cannabis par mois variaient considérablement parmi les participants, entre 0,50-500 euro. Ce n’est pas surprenant, sachant qu’il existe une grande variété de produits à base de cannabis vendus à différents prix sur le marché illégal. La consommation de cannabis peut être relativement bon marché lorsqu’elle est cultivée à la maison sans trop d’équipement. D’un autre côté, nos entretiens ont révélé qu’il existe également des traitements très coûteux, tels que des teintures de cannabis fortes vendues en ligne comme remède contre le cancer, qui peuvent coûter plus de mille euros.

Très peu de participants ont accès à des produits de qualité standardisés en ce qui concerne la composition chimique et la puissance. L’achat de produits incontrôlés pour de grosses sommes d’argent ne faisait pas exception. Les patients affolés atteints de cancer et les membres de leur famille ont payé des sommes extrêmement élevées pour des produits pour lesquels il n’y avait aucune preuve d’innocuité et d’efficacité.

En ce moment, y a-t-il une sorte de débat sur ce sujet au niveau national ?

En 2019, la création d’une agence gouvernementale nationale, coordonnant la production et la distribution de cannabis, a été approuvée par le gouvernement. Il a été dit que cette agence sera chargée de la production légale de cannabis médical, établissant un monopole pour l’État sur la culture, le commerce, l’importation et l’exportation de ce produit. Cependant, à court terme, rien ne change pour les patients belges et cependant, jusqu’à présent, l’agence gouvernementale n’a pas encore été établie car, pour que cela se produise, est nécessaire une publication de règles d’exécution détaillées, qui fixe les responsabilités spécifiques du bureau, sous la forme d’un arrêté royal.

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