Le secteur du CBD en difficulté : interview de Paul Maclean

Olivier F
23 Feb 2026

Un amendement au projet de loi de finances 2026 (PLF) prévoyait une taxe d’accise de 51,4 % pour les produits à base de CBD susceptibles d'être fumés. Cette taxation excessive pourrait fortement impacter le secteur du CBD français. Les associations se sont battues et l’article 23 a finalement été supprimé grâce au 49.3 De plus, les cannabinoïdes de synthèse mélangés aux produits à base de CBD ont provoqué de nombreuses intoxications. Nous avons interviewé Paul Maclean, président de l’UPCBD (Union des professionnels du CBD), une association qui défend les intérêts des différents acteurs de cette filière.


SSFR : Pouvez-vous nous présenter, en quelques mots, l'UPCBD ? 

Paul Maclean : A l'UPCBD, nous avons presque 200 adhérents à l'heure actuelle. On existe depuis 2021. On a toujours eu comme objectif de créer un cadre pérenne pour la filière et de rassembler les acteurs industriels et économiques dans toutes les étapes de la chaîne de valeur, donc de la graine jusqu'au consommateur pour le cannabis bien-être, le cannabis légal.

Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres associations du secteur du chanvre et du CBD ?

La différence principale entre l'UPCBD et les autres associations, à ma connaissance, est que toutes les autres associations qui existent en France actuellement sont des associations de producteurs uniquement, alors que nous, on accepte tout le monde. On pense qu'il est important d'avoir une vision complète de la filière. On ne peut pas avoir qu'une vision commerciale, ni qu'une vision de production. Il faut avoir une vision globale. C'est un marché qui est en train de se mettre en place et qui a besoin de réglementation à toutes les étapes. On a des laboratoires, on a même des prestataires de services… A l'heure actuelle, on a quand même une large majorité de magasins, de grossistes, de distributeurs, mais on a des adhérents qui sont producteurs aussi.

L’amendement au Projet de loi de finances 2026 défavorable au secteur du CBD a été adopté, puis l’article 23 a finalement été supprimé…  

On est parti sur un 49.3. On est en négociation depuis hier soir. Il y a eu le silence des institutions pendant plus de 4 ans. Leur premier signe de vie, c'est pour nous mettre une taxe qui est mortifère pour la filière, qui s'apparente quasiment à de la prohibition. La version de leur texte originel, donne un monopole aux buralistes. Ce qui veut dire que tous les shops ferment. Ensuite, ils voulaient nous mettre des droits d'accise. Ce qui crée une difficulté d'un point de vue administratif. Nous aurions du payer cet accès spécifique qui crée un monopole par le haut. Ce qui serait mortifère non seulement pour la distribution, mais aussi pour la production. On aurait pu se retrouver avec un monopole de 2 ou 3 distributeurs qui seraient les seuls à avoir les capacités de se conformer à la réglementation des tabacs. Et ces personnes-là, ils ne vont pas aller acheter du CBD français. Ce n'est pas dans leur façon de faire.

Quel a été le parcours de ce projet de loi ?

Alors, on a eu beaucoup de rebondissements. Il y a la version originale du projet de loi de finances. L'article 23 a d’abord été supprimé une première fois par l'Assemblée nationale. Le texte est passé devant le Sénat. Nous, on a réussi à faire déposer des amendements qui ont modifié le texte. Ensuite, à l'Assemblée nationale, un nouvel amendement a été voté. L’article 23 a finalement été annulé avec le 49.3. C’est une victoire pour la filière !

Il y a aussi le problème des cannabinoïdes de synthèse parfois mélangé aux produits CBD. Le gouvernement en a interdit certains mais on en trouve toujours en ligne et dans des CBD shops… 

Alors, pour moi, honnêtement, la problématique des cannabinoïdes de synthèse vient d'une absence de volonté du gouvernement de réglementer notre secteur. En tout cas, de vouloir le réglementer de façon objective. Depuis 2021, il n y a eu absolument aucune loi sur le CBD.

Vous avez également déposé un recours devant le Conseil d’État relatif au dépistage du THC au volant, qui a été finalement été rejeté…
    
On n'a jamais eu de cadre objectif pour vraiment encadrer la filière. A chaque fois qu'on a une réglementation qui tombe en matière de CBD, c'est pour nous détruire. Ce n'est pas pour nous encadrer. On sait très bien que la capacité à conduire de quelqu'un qui consomme du CBD avec 0,3% de THC, n'est absolument pas altérée. Le code de la route, l'interdiction de la consommation des stupéfiants ou de l'alcool au volant, sont là pour protéger les différents utilisateurs. Pour un consommateur de CBD, ça ne se justifie pas. Normalement, les lois sont censées se justifier. Il n'y a pas de seuil minimal pour le THC. Donc, c'est tolérance zéro. On va se retrouver avec un produit qui est légal à vendre mais qui est illégal de consommer. C'est n'importe quoi. Même pour l'alcool, il y a un taux. Alors même que l'alcool est bien plus dangereux que quelqu'un qui a consommé un verre de vin, on accepte qu'il puisse conduire.

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