CBDV : un phytocannabinoïde prometteur
Le cannabidivarine (CBDV), également appelé GWP42006 dans le domaine pharmaceutique, est un phytocannabinoïde non psychotrope présent naturellement dans le Cannabis sativa. Homologue propylé du cannabidiol (CBD), il se distingue par une chaîne latérale alkylée raccourcie de deux unités méthylène. Généralement minoritaire dans les profils cannabinoïdes, il attire l’attention pour ses propriétés anticonvulsivantes et ses effets potentiels sur certains troubles neurodéveloppementaux. Il n’est pas inscrit aux tableaux de la Convention sur les substances psychotropes.
Le suffixe « varine »
Le suffixe « varine » (ou « varin »en anglais) désigne les homologues à chaîne propyle (trois atomes de carbone) des cannabinoïdes classiques à chaîne pentyle (cinq carbones). Cette variation provient de l’incorporation d’acide divarinique plutôt que d’acide olivetolique dans la biosynthèse, générant le précurseur CBGVA. Les principaux cannabinoïdes variniques sont le THCV (tétrahydrocannabivarine), le CBGV (cannabigérovarine), le CBCV et le CBDV lui-même. Ces molécules partagent souvent des profils pharmacologiques distincts de leurs homologues pentylés.
Découverte du CBDV
Le CBDV a été identifié pour la première fois en 1969 par le chercheur allemand L.Vollner et son équipe. Des analyses ultérieures ont précisé sa structure et sa synthèse. Des niveaux élevés ont été rapportés dans des populations férales de cannnbis indica du nord-ouest de l’Inde et dans du haschisch népalais.
Extraction du CBDV
L’extraction suit les méthodes classiques des cannabinoïdes : extraction au CO₂ supercritique ou à l’éthanol à partir de biomasse décarboxylée (la forme acide CBDVA se convertit en CBDV par chaleur), suivie de winterisation, filtration et purification (cristallisation ou chromatographie). Le CBDV existe aussi sous forme synthétique : synthèse par condensation acide de dérivés de resorcinol à chaîne propyle avec des monoterpènes (p-mentha-2,8-dién-1-ol ou équivalents), y compris en flux continu, permettant des rendements contrôlés et une pureté élevée.
Variétés de cannabis qui contiennent du CBDV
Le CBDV est généralement présent à l’état de traces (entre 0,2et 0,5 %). Des niveaux plus élevés apparaissent dans certaines landraces asiatiques (nord-ouest de l’Inde, Népal). Des variétés sélectionnées modernes atteignent 4–6 % de CBDV (CBD-Victory et Auto CBD-Victory de Dutch Passion, Royal CBDV Auto de RQS), souvent associées à des teneurs comparables en CBD et à un taux de THC très faible (< 0,3 %). Des lignées triploïdes riches en varines ont également été développées pour la production industrielle.
Formes de consommation
Le CBDV peut être consommé sous forme d’huiles/extraits isolés ou full-spectrum, de teintures, de fleurs riches en CBDV, ou dans des formulations pharmaceutiques expérimentales (solutions orales). Il est disponible auprès de producteurs spécialisés en cannabinoïdes mineurs, de banques de graines (pour les variétés riches en CBDV) et, dans certains pays, via des circuits de recherche ou de compléments. Sa rareté limite la disponibilité au grand public par rapport au CBD.
Propriétés médicales du CBDV
Anticonvulsivante
En 2022, un essai de phase 1 chez cinq filles atteintes du syndrome de Rett avec épilepsie pharmacorésistante a montré une réduction médiane de 79 % de la fréquence mensuelle des crises à 10 mg/kg/jour, profil de tolérance favorable. Des études précliniques ont été menées avec des rongeurs. Une réduction de la fréquence et de la sévérité des crises et avec une diminution de la mortalité dans plusieurs modèles ont été constatées.
Troubles du spectre autistique (TSA) et syndrome de Rett
Amélioration de la sociabilité et réduction de comportements répétitifs dans des modèles animaux. Essais cliniques en cours ou terminés (dont NCT03202303) évaluent l’irritabilité et d’autres symptômes chez l’enfant. Désignation orpheline européenne pour le syndrome de Rett dans certains contextes de développement.
Anti-nauséeuse
Une réduction des comportements de nausée dans un modèle rat été constatée. Des travaux récents explorent des effets antifongiques et une action sur l’immunosuppression tumorale (données précliniques).
Contre-indications
Les données de phase 1 indiquent une bonne tolérance à 10 mg/kg/jour. La majorité des événements indésirables sont légers à modérés et souvent non liés au produit. Les effets secondaires potentiels se rapprochent de ceux du CBD (sécheresse buccale, somnolence, troubles gastro-intestinaux). Des interactions médicamenteuses possibles via les cytochromes (notamment CYP2C19). Par prudence, il faut respecter certaines contre-indications : grossesse, allaitement, pathologies hépatiques sévères, association avec certains antiépileptiques sans surveillance. En France, le CBDV n’est pas classé comme stupéfiant. Les produits issus de variétés de chanvre autorisées respectant le seuil de THC ≤ 0,3 % s’inscrivent dans le cadre applicable aux cannabinoïdes non psychoactifs. Les formes ingérables restent soumises aux règles Novel Food européennes. Les fleurs et certains extraits non alimentaires suivent la jurisprudence post-2022 du Conseil d’État. Aucune autorisation de mise sur le marché pharmaceutique n’existe à ce jour pour le CBDV.
Dernières recherches sur le CBDV
Des essais sur les troubles du spectre de l'autisme (irritabilité) et sur les transitions thérapeutiques dans le syndrome de Rett sont en cours. Des travaux de 2025 avec une combinaison CBD/CBDV (ratio 20:1) atténuant la colite murine via le récepteur CB2 et la suppression de CXCR4 ont été mené. Des recherches concernent le potentiel antifongique contre Cryptococcus neoformans et dermatophytes, l’action sur les cellules myéloïdes suppressives du microenvironnement tumoral favorisant l’immunité antitumorale. Ces pistes restent précliniques ou en phases précoces.
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