De nouveaux composés soufrés dans le profil aromatique du cannabis
Nous allons découvrir des molécules appelées 3MH (3-mercaptohexanol), 3MHA (acétate de 3-mercaptohexyle) et 3MB (3-méthylbutane-1-thiol), qui sont responsables de l’émission d’odeurs aux nuances soufrées, comme celles que l’on retrouve dans des génétiques telles que Tropicana ou Tangie, parmi bien d’autres.
Par Gerard Donisa
Ressentir une préférence pour certaines odeurs ou saveurs fait partie de la personnalité qui définit chaque être humain dans le monde. Il ne pouvait en être autrement pour les plantes de cannabis.
Dès que l’on s’initie à l’univers du cannabis, on cherche toujours à apprendre tout en prenant du plaisir, c’est pourquoi les odeurs constituent une part fondamentale de cet apprentissage. On a toujours pensé que les terpènes étaient les responsables des arômes et des saveurs du cannabis.
Aujourd’hui, nous allons approfondir un peu plus ce sujet en nous concentrant particulièrement sur les nuances d’agrumes et de fruits, qui sont en réalité plus complexes et plus profondes qu’on ne le pensait jusqu’à présent, offrant une infinité de possibilités pour le développement et la recherche autour du cannabis.
Dans une large mesure, tout cela est rendu possible grâce aux dernières avancées technologiques, aux nouvelles méthodes de travail et aux recherches qui progressent à pas de géant dans l’industrie du cannabis.
Dans ce cas précis, un groupe de chercheurs a identifié un nouveau groupe de molécules à forte teneur en soufre, responsables de cette odeur et de cette saveur particulières dans des variétés telles que Tangie, Tropicana, GMO, New York Diesel et bien d’autres. Ces composés, appelés composés soufrés Tropicana ou TSC, sont principalement constitués de 3MH, 3MHA et 3MB, des molécules spécialement chargées d’émettre ces arômes tropicaux, citronnés et fruités, créant ainsi un lien étroit entre le soufre et ce profil terpénique.
La découverte de ces molécules est particulièrement importante, car cette avancée permettra de déterminer quels métabolites présents dans la plante sont responsables de cette gamme d’arômes si caractéristique. Sur le plan structurel, ces composés sont assez similaires à ceux que l’on retrouve dans des plantes domestiques, comestibles ou ornementales, ce qui laisse penser que ces métabolites sont présents dans un grand nombre d’espèces végétales. L’un des futurs projets pourrait être la création d’un répertoire permettant de regrouper toutes ces plantes en un même endroit afin de développer des recherches visant à identifier les profils VSC que chacune d’elles présente ou partage avec les autres. Les terpènes, tout comme les flavonoïdes, sont des composés très importants pour l’ensemble de la plante, car ils créent des caractéristiques distinctives entre les différentes génétiques tout en constituant une signature immuable présente dans un très grand nombre de plantes et d’arbres.
Dans le cas du cannabis, les composés qui constituent les différents terpènes connus à ce jour sont nombreux et variés, bien que les chercheurs estiment qu’environ 45 % de ceux que cette plante pourrait contenir n’ont pas encore été découverts.
Malgré toutes les études réalisées, différents facteurs peuvent compliquer l’identification des raisons pour lesquelles une génétique spécifique produit ce type de composés. Par exemple, la combinaison de nuances terreuses, fruitées et acides pourrait conduire à un profil terpénique présentant des caractéristiques soufrées. Un autre facteur pourrait être l’évolution de certains acides au sein de la plante, influençant ainsi ses propriétés finales.
Outre les composés identifiés précédemment, d’autres nouveaux composés ont également été observés et caractérisés, notamment les VSC3 à VSC7, qui se sont révélés être parmi les principaux responsables de cette odeur si particulière. Lorsque les chercheurs ont isolé le composé VSC3, ils se sont rendu compte que sa puissance aromatique n’était pas aussi forte que prévu, suggérant que ce composé doit agir en synergie avec les autres pour exprimer pleinement son potentiel, de la même manière que l’effet d’entourage évoqué pour le THC, le CBD, le CBG…etc.
Ils sont parvenus à cette conclusion après avoir isolé le VSC3 individuellement, pensant que son intensité et les odeurs soufrées s’en trouveraient amplifiées, ce qui ne fut pas le cas. Les chercheurs ont constaté que l’odeur ob- tenue n’était pas totalement soufrée, mais présentait plutôt des nuances gazeuses et florales. Ils en ont conclu que c’est la combinaison de plusieurs composés naturellement produits par la plante de cannabis qui donne naissance à cette odeur caractéristique propre à certaines génétiques.
L’objectif principal des études consacrées aux composés soufrés est de comprendre pourquoi ces composés se développent uniquement dans certaines génétiques et de tenter de les cartographier. Bien que cela puisse sembler un travail passionnant, il ne faut pas oublier que ces composés sont également présents dans de nombreuses autres plantes telles que l’ail, l’oignon, le houblon ou encore les violettes. Les similitudes entre les composés présents dans l’ail et ceux du cannabis sont particulièrement importantes.
Dans l’ail, ces caractéristiques sont associées à des propriétés bénéfiques pour la santé largement reconnues et démontrées, notamment des effets antifongiques, anti-cancéreux et antiseptiques, entre autres.
Ces indicateurs observés dans d’autres plantes pourraient donc ouvrir un vaste champ de recherche sur leurs effets et leurs applications potentielles, tant dans le domaine végétal que chez l’être humain. Il convient également de rappeler que ces composés sont présents dans d’autres plantes de consommation courante, notamment dans la famille des brassicacées, qui comprend le brocoli et le chou-fleur, auxquels ils confèrent leur odeur caractéristique,
particulièrement lors de la cuisson à l’eau.
On les retrouve également en grande quantité dans des légumes tels que l’ail, les oignons ou la ciboulette, en partie grâce à la présence importante d’un composé appelé allicine, reconnu pour ses propriétés anti- oxydantes et antiseptiques.
Enfin, le monde des champignons renferme lui aussi une grande variété de composés soufrés qui apportent des nuances aromatiques très particulières. Dans leur cas, le composé prédominant est le CSV, responsable d’odeurs singulières comme celles de la truffe, du pleurote, du champignon de Paris et de nombreuses autres espèces, très appréciées dans l’univers de la gastronomie
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