Les coups de gueule d’un Ministre de l’Intérieur sur le cannabis

Les coups de gueule d’un Ministre de l'Intérieur sur le cannabis

Entretien avec Ludovic Ramette

Le ministre de l'Intérieur Mr. Gérald Darmanin a récemment qualifié le cannabis de «merde». Agacés par cette absence totale de contrôle sur la réalité autour de lui et incrédule qu'un si haut représentant de l'État puisse s'adresser aux concitoyens en des termes si idéologiques, nous avons décidé de poser quelques questions à Ludovic Ramette. Ce lecteur de Soft Secrets a suivi, lors de ses études en science-médico-sociale, un cours de formation en physiopathologie et toxicologie et une formation à l’IRTS de Poitou-Charentes pour l’accompagnement des personnes en vulnérabilité sociale.

SSFR : En parlant du cannabis, le ministre de l'Intérieur Darmanin a déclaré qu'il ne peut pas: " Dire à des parents qui se battent pour que leurs enfants sortent de l'addiction à la drogue, que l'on va légaliser cette merde". Que souhaitez-vous lui répondre?

Ludovic Ramette : D’abord, les récents propos de Mr. Darmanin sont insultants envers toutes les personnes qui attendent et espèrent une avancée sur le sujet du cannabis thérapeutique. Ils créent aussi un flou quant à ce qu’est la dépendance et l’addiction aux drogues.  Ces propos induisent un parallèle entre les substances fortement addictives comme l’héroïne et celle qui le sont peu comme les cannabinoïdes. D’ailleurs on ne peut pas parler d’addictions aux drogues de manière si généraliste car c’est méconnaître grandement les différents types et degrés d’addictions. Le rapport Roques de 1998 mettait surtout en évidence que le cannabis était bien moins addictifs que le tabac, l’alcool ou même les benzodiasépines, pourtant prescrits par les médecins. Les deux premiers substances sont legales et présentent pourtant de forts risques de dépendance physique et psychique alors que celle au cannabis reste faible psychiquement et nulle physiquement.

En parlant de politique de l'État en matière de gestion de la toxicomanie et de la consommation de drogues, comment réguleriez-vous le marché du cannabis?

Pour avoir une réelle avancée en matière de gestion de la toxicomanie et de la consommation de drogues en France, il faut abroger la loi de 1970 car celle-ci criminalise sur le même plan consommateur et revendeur. La gestion délictuelle de la consommation de certains produit comme le cannabis empêche une bonne prise en charge des réels problèmes liés à la consommation de substances bien plus addictives. A l’image du Portugal, la France pourrait dépénaliser la consommation de certains produits. Cela permettrait à beaucoup de consommateurs qui ont un réel problème de dépendance de sortir de l’ombre et d’être mieux accompagnés. En tout cas pour le cannabis, dépénaliser sa consommation et tolérer son auto culture permettrait une évidente baisse des trafics. En finir avec cette loi permettrait aussi, après des décennies de tabou dans l’espace public, d’en parler ouvertement et autrement que par le regard des pouvoirs publics qui n’ont de cesse que de diaboliser la moindre consommation de cannabis que celle-ci soit juste très occasionnelle ou plus fréquente.

L'État reconnaît au cannabis des vertus thérapeutiques et développe pour cette raison un projet pilote pour sa distribution parmi les patients, par contre et en même temps, il inflige une amende à ceux qui utilisent cette plante à des fins récréatives. Quelle est votre opinion sur cette stratégie?

Là aussi les récents propos de madame Schiappa, dont son rôle réel reste à définir au sein de ce ministère, qui font un parallèle entre consommateurs de cannabis et terroristes, montre toute la déconnexion des décideurs politiques qui oublient que ce n’est pas le consommateur qui crée le trafic mais la prohibition. Et quand notre pays s’apprête à expérimenter pendant deux ans le cannabis thérapeutique, on est en droit de se demander si la stratégie mise en place par l’Intérieur ne vise pas à tuer dans l’œuf l’image d’une plante qui -quand elle est correctement utilisée- pourrait soigner, en mettant en avant quotidiennement une consommation récréative qui occasionne, au final, moins de dommage que celles de tabac ou d’alcool sur la santé et la société.

Quelle est votre opinion sur l'approche de l'État français en matière de politique antidrogue?

Pour bien comprendre la politique française en matière de lutte contre les drogues il suffit de regarder les chiffres. Entre 2007 et 2017, l’Insee pointe une accélération des saisies de 37.2 tonnes à 87.2 rien qu’en résines et herbes de cannabis. C’est une augmentation de 50 tonnes des saisies sur 10 ans et ce malgré une des politiques les plus répressives d’Europe en la matière. En 2018, nous approchons les 100 tonnes selon le Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée. Mais pendant ce temps, la France reste le principal consommateur de cannabis en Europe avec un marché sur les stupéfiants qui pèserait, selon l’Insee, entre 2 et 3 milliards d’euros chaque année.

C’est une véritable manne pour les trafiquants et une plaie pour les consommateurs qui doivent aujourd’hui redoubler de prudence pour éviter l’AFD (amende forfaitaire délictuelle) et ce où qu’ils se trouvent: parcs, transports en commun. Les derniers plans de communication de notre ministre de l’intérieur à Grenoble avec des perquisitions massives  mais très peu de saisies, à la suite d’images d’un clip de rap mettant en scènes des dealers, montre bien l’impuissance du gouvernement français en matière de lutte contre les trafics.

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