Canada: les conséquences de la légalisation sur le cannabis médical

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Par Fabrizio Dentini

En France, le système de production et de distribution du cannabis médical doit encore être mis en place. L’expérimentation, d’abord prévue pour 2020, a été reportée sans trop des détails à cause du Covid. Le Canada, au contraire, a légalisé le cannabis à partir du 2018. Dans ce pays les patients peuvent acheter du cannabis chez plusieurs Licensed Producers (Producteur Autorisés) ou choisir de faire pousser directement leurs propres plantes.

En termes généraux alors, peut on affirmer que les conséquences de la légalisation du cannabis ont été positives pour les patients canadiens ? Quel impact a eu la régularisation du marché du chanvre sur la vie quotidienne des centaines de milliers d’usagers thérapeutiques ? Est-ce que la France pourrait apprendre quelque chose d’un Pays qui semble avoir choisi la voie du pragmatisme, excluant toute idéologie du terrain de la santé publique ?

Gerald Major est un patient souffrant de douleurs chroniques, causées par la spondylarthrite ankylosante. Ses propos révèlent aux lecteurs de Soft Secrets l’influence de la légalisation sur le cannabis médical au Canada.

SSFR : D’abord, pouvez-vous nous expliquer pourquoi consommez-vous du cannabis ?

Avec le cannabis je traite différents problème s: tout d’abord la spondylarthrite ankylosante, mais aussi l’arthrite psoriasique, l’arthrose, l’ostéoporose, la dépression, l’anxiété, la fatigue, les douleurs chroniques, l’appétit et le sommeil. Lorsque j’ai une intervention chirurgicale, j’augmente généralement les doses. J’applique de l’huile de cannabis sur les cicatrices causées par les chirurgies.

Quelles sont vos méthodes de consommation ?

Pour l’humeur, l’appétit et le sommeil, je préfère l’inhalation par la fumée, en vaporisant des extraits Pour les douleurs cutanées, le psoriasis et les cicatrices chirurgicales, j’utilise du cannabis sous forme de pommade. Comme troisième méthode, je le consomme en le mangeant pour la douleur, l’appétit et l’humeur. Pour obtenir des doses plus élevées de THC sans effet psychoactif, j’utilise des suppositoires.

Quelle quantité de cannabis consommez-vous pour atteindre une meilleure qualité de vie ?

Comme tant d’autres Canadiens (87%), je consomme tout ce que je peux me permettre. En pratique, ma prescription comprendrait 20 grammes par jour, malheureusement je ne peux pas me le permettre.

Quelles sont les variétés qui vous donnent les meilleurs résultats ?

J’utilise une grande quantité d’huile de CBD, entre 500 et 800 milligrammes chaque jour. C’est du chanvre industriel, donc je ne peux pas dire quelle génétique spécifique. Lorsque je consomme par inhalation, je préfère la génétique avec des quantités élevées de THC avec des profils de terpènes spécifiques. Certains profils terpéniques me font tousser alors j’essaye de les éviter.

Avez-vous déjà cultivé du cannabis pour des raisons médicales? Combien de Canadiens cultivent actuellement leurs propres médicaments conformément à la loi ?

Bien sûr, dans le passé, j’ai cultivé du cannabis pour des raisons médicales et pour le moment j’ai demandé de nouveau une autorisation parce que j’espère en pouvoir avoir plus. En mars 2020, 35.227 patients étaient autorisés à cultiver leur propre cannabis au Canada.

Combien de patients consommant du cannabis médical y a-t-il au Canada ?

Aux dernières nouvelles, nous étions plus d’un million.

Combien, d’entre eux, ont accès au cannabis selon l’ACMPR, c’est-à-dire le système de règles régissant l’accès médical ?

Environ 400 000.

Combien de Licensed Producers (Producteurs Autorisés) sont actifs au Canada aujourd’hui ?

Officiellement 450 mais le chiffre est surévalué car certains d’entre eux ne distribuent pas ou ont échoué en raison de problèmes économiques.

Avant la légalisation, l’un des problèmes pour les patients était que même après avoir obtenu une prescription médicale, elle était valable pour obtenir du cannabis auprès d’un et un seul Licensed Producer (Producteurs Autorisés). Cette règle est-elle toujours valable ? Est-ce que le Covid a augmenté les problèmes de distribution ?

Premièrement, les prescriptions médicales sont désormais valables pour différents producteurs Autorisés. En raison également du Covid, certaines restrictions précédemment en vigueur ont été assouplies. Une nouveauté est que désormais nous avons l’obligation de renouveler les ordonnances annuellement, tandis qu’avant c’était tous les trois mois et ceci pour aider à maintenir la distance nécessaire pour lutter contre la prolifération du virus. En outre, toute modification des demandes pour cultiver cannabis pour des raisons médicales peut être effectuée sans besoin de la bureaucratie en papier, auparavant nécessaire, grâce aux fonctionnaires du ministère de la Santé qui sont en télé-travail.

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Gerald Major est un utilisateur de cannabis médical, membre de l’association Cannabis Médical Canada.

Quels problèmes les patients qui se soignent avec du cannabis ont-ils rencontrés après la légalisation ?

Notre association Cannabis Médical Canada a participé à de nombreux sondages qui montrent que le principal et énorme obstacle auquel font face les patients canadiens demeure l’accessibilité au cannabis. Par contre, il y a une note positive : après la légalisation, les médecins ont commencé à prescrire facilement du cannabis, alors que c’était plus difficile auparavant.

Au Canada, avant la légalisation, le cannabis médical était distribué exclusivement par la poste et la réglementation obligeait les facteurs à obtenir une signature lors de la livraison, méthode qui posait un défi pour les personnes ayant des problèmes de mobilité. En ce moment, est-il également possible d’en trouver dans les pharmacies comme les autres médicaments ?

Malheureusement toujours uniquement par courrier. Il n’y a qu’une seule pharmacie, Shoppers Drug Mart, qui distribue du cannabis, mais les commandes et les expéditions se font uniquement en ligne.

Étant donné que le cannabis cultivé pour les consommateurs médicaux est le même que le cannabis cultivé pour le marché récréatif, croyez-vous qu’après la légalisation, les producteurs autorisés considèrent les patients comme une priorité, ou bien la compétition commerciale les a orientés plutôt vers le marché récréatif ?

Au cours des dernières années, après la légalisation, le marché du cannabis a été inondé de sociétés demandant des permis de produire et de producteurs déjà autorisés. Par conséquent, en termes de qualité, le marché canadien est devenu extrêmement concurrentiel. Le prix, pour nous les patients, reste le problème numéro un. Certains producteurs autorisés ont opté pour la vente dans le canal médical et d’autres se sont concentrés uniquement sur le cannabis récréatif. En général, cependant, il y a peu de producteurs autorisés qui se concentrent particulièrement sur le secteur médical car la concurrence est très difficile et les revenus de ce segment de la population sont généralement inférieurs.

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Gerald Major avec sa famille.

Êtes-vous satisfait par les choix de variétés médicales disponibles ?

Ils existe au plusieurs centaines de variétés disponible. La disponibilité est donc bonne pour de nombreux patients. Si nous parlons du patient qui reçoit la première prescription, je dirais satisfaisant. D’un autre côté, si nous parlons de patients plus expérimentés, la standardisation, la puissance et le prix restent un problème. Pour des conditions spécifiques telles que l’épilepsie dans lesquelles le titrage et la spécificité de la génétique semblent être plus importants que dans d’autres cas, il y a encore des mesures à prendre pour s’améliorer.

Pourquoi la standardisation du cannabis resterait-t-il un problème ?

Par titrage, je veux dire que le cannabis que j’utilise doit être, comme tout les médicaments, toujours le même, cycle après cycle de culture. Une garantie plus difficile à obtenir avec une plante, mais qui est obligatoire car si on la considère comme le médicament qu’elle est, le patient doit pouvoir compter sur la puissance basée sur le titrage au niveau du profil terpénique et du pourcentage du THC et CBD. Je peux dire que j’ai beaucoup expérimenté avec lots de THC à 25% qui dans le lot prochain etait tombé à 22% et dans le lot suivant à 18%. En dessous de 18%, la génétique n’a eu aucun effet sur ma douleur et cela est un problème.

Fin 2019, les Producteurs Autorisés n’ont pas accordé beaucoup d’attention au potentiel des produits CBD pour le marché récréatif et pour cette même raison, il y a eu une pénurie de ces strains sur le marché médical. Comment la situation a-t-elle évolué dans cette perspective ?

Pour le moment, il semble y avoir plus de génétiques CBD, d’huiles et de produits 2.0. Cependant, personnellement, j’ai eu du mal à trouver des produits CBD sur le canal récréatif. Au Canada, le problème de l’abordabilité a masqué le problème des pénuries d’approvisionnement et l’importance de la recherche pour étudier le potentiel médical du CBD à des doses élevées .

Lorsqu’un patient canadien est incapable d’accéder à son cannabis par le biais du ACMPR, c’est-à-dire les lois qui spécifient l’accès pour des raisons médicales, est-il courant qu’il se tourne vers le marché récréatif ? Les prix sont-ils les mêmes ?

Les patients qui achètent dans le cadre du programme médical bénéficient d’un prix plus bas grâce à un coût maîtrisé (tarification compassion) et aux facilités sur la déclaration de revenus. Malgré cela, il n’y a pas beaucoup d’allégements fiscaux et il faut se situer dans des niveaux de revenus spécifiques pour pouvoir bénéficier les prix contrôlés. Cela dit, et ajoutant que le marché récréatif offre plus de choix, cette pratique est malheureusement devenue courante. Je dis malheureusement car, pour nous, le cannabis reste un médicament et ceux qui le prennent avec cette motivation devraient être suivis par un médecin, ce qui n’est pas le cas dans l’option du marché récréatif.

Comment est-il possible d’améliorer le système d’accès au cannabis médical au Canada ?

Suppression des taxes lorsque la consommation est médicale et possibilité d’importer des produits CBD à des prix moins chers. Le marché légal est 6 à 10 fois plus cher que le marché noir. Enfin, nous arrivons à la recherche, j’aimerais qu’elle soit financée par une couverture d’assurance et qu’il y ait une plus grande acceptation par les médecins prescripteurs.

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