Les exclus de l’expérimentation thérapeutique du cannabis

En France, l'expérimentation du cannabis thérapeutique est en cours mais quels changements pour les patients qui en sont exclus ? Nous avons posé la question à Fabienne Lopez de l'association Principes Actifs

 

Aujourd’hui, Soft Secrets vous propose les réflexions de Fabienne Lopez, membre de Principes Actifs, association française d’usagers de cannabis médical. Ses propos d’amertume nous montrent le point de vue de ceux qui se retrouvent quotidiennement à se battre sur deux fronts, celui de leur santé et celui ouvert par un état qui, malgré une expérimentation du cannabis thérapeutique officielle en cours, continue de poursuivre ceux qui utilisent cette plante hors du contexte de l’expérimentation. C’est précisément à cause de ce douloureux paradoxe que Principes Actifs a réalisé le vidéo que nous vous présentons avec le but de recueillir les paroles dramatiques de nombreux patients français.

SSFR : Malgré l’expérimentation du cannabis thérapeutique, votre association reste préoccupée. Pour quelle raison ?

La raison de notre préoccupation est que l’expérimentation est basée sur 5 critères qui ne tiennent pas compte de toutes les pathologies pour lesquelles l’usage du cannabis est indiquée: à part l’épilepsie et la Sclérose en plaques qui elles sont nommées, les autres critères sont basées sur les types de douleurs que peuvent ressentir les patients. Le cannabis sera prescrit en deuxième intention ce qui veut dire que les patients ne pourront avoir leur traitement que s’il est prouvé que tous les autres traitements n’auront pas été suffisamment efficaces.

SSFR : Les témoignages recueillis dans la vidéo racontent la vie de personnes qui, en plus d’être touchées par la maladie, souffrent de la répression de la loi sur le cannabis. Pensez-vous que cette tendance puisse être inversée ?

Non, il faudra attendre la fin de l’expérimentation -2023- pour que tous les patients qui n’auront pu entrer dans l’expérimentation ne soient plus poursuivis et il faudra d’ailleurs que leurs pathologies soient prises en compte. Si elles ne le sont pas: les patients seront poursuivis. Un des décrets qui vient d’être publié précise que ne seront pas poursuivis les patients qui seront dans l’expérimentation du cannabis thérapeutique. Pour tous les autres rien ne change. Si vous avez une sclérose en plaques et que vous n’êtes pas pris en charge par l’expérimentation, vous pouvez être poursuivi par la justice.

SSFR : Quand vous avez demandé que l’expérimentation du cannabis thérapeutique soit étendue à d’autres pathologies, quelle réponse avez-vous obtenue ?

Nous l’avons su dés les premières auditions par le Comité Scientifique de l’ANSM. Nous avons insisté sur le fait que fonctionner sur des critères n’était pas la solution. Les patients devront, une fois de plus, prouver à leur médecins que leurs douleurs et/ou pathologies correspondent aux critères indiqués. Il nous a été répondu que fonctionner sur des critères permettrait plus facilement aux patients d’entrer dans l’expérimentation. Faire une liste de pathologies n’était pas évident. Des pathologies comme le glaucome, la maladie de Crohn, la fibromyalgie, ne sont pas prises en compte alors que l’on sait depuis très longtemps que le cannabis est efficace. La myopathie ne l’est pas non plus alors que les douleurs sont semblables à la sclérose en plaques. Récemment, il nous a été dit qu’il y aurait un élargissement ou une ouverture à d’autres pathologies après l’expérimentation, en 2023.

SSFR : Que pensez-vous d’un État qui expérimente le cannabis médical mais ne laisse pas la possibilité à des patients exclus d’être traités sans crainte de répression criminelle ?

Nous sommes en France, tout est très compliqué. Alors que de multiples études ont prouvé l’efficacité du cannabis sur de nombreuses pathologies, on avance à petit pas. Le cannabis est un sujet qui hystérise nos politiques. Ils ont du mal à accepter que le cannabis revienne dans la pharmacopée, même l’Académie de médecine est contre. L’idée étant que si l’usage du cannabis thérapeutique est accepté, alors le cannabis sera totalement légalisé. Il a fallu que des parlementaires créent une mission sur le cannabis thérapeutique et actuellement sur le cannabis récréatif pour que l’on puisse commencer à se faire entendre. Il a fallu que de nombreux États (je pense aux USA) légalise l’usage thérapeutique pour que des politiques finissent par entendre les associations de patients. Quand le professeur Nicolas Authier a décidé de s’emparer de cette question, il a fait preuve de beaucoup de courage, mais il est obligé de tenir compte du fait que les oppositions sont nombreuses. Pour preuve, l’ANSM n’a pas eu de budget supplémentaire pour se fournir en cannabis. C’est pour cela que le cannabis utilisé pour cette expérimentation doit être fourni gratuitement, ce qui a provoqué un vent de protestations de la part des chanvriers qui espèrent produire et vendre leur cannabis. Ils n’ont toujours pas d’autorisation de le cultiver.

SSFR : Votre avis est donc très négatif …

On ne peut pas accuser l’état dans son ensemble car actuellement, notre ministre de la santé (Olivier Véran) est pour cet usage. Il souhaiterait aussi que d’autres pathologies soient prises en compte, comme les Parlementaires qui ont organisé cette mission sur cet usage. Par contre, notre ministre de l’intérieur dit que le cannabis, c’est de la merde ! Avant de se reprendre et d’expliquer qu’il ne parlait pas du cannabis thérapeutique. Je remarque que depuis que l’on parle d’usage thérapeutique, il y a en France deux types de cannabis : l’un qui est de la merde donc, et l’autre qui soigne. Là, je dirai que l’on nous prend pour des crétins !

SSFR : Pourquoi cette distinction absolument fictive ?

Le problème vient du fait que le cannabis est une question sensible et que les divers gouvernements n’ont jamais voulu prendre position par peur d’être considérés comme des laxistes. Ils ont fait du cannabis une question sécuritaire, principalement avec les banlieues et des villes ou le trafic explose. Je rappelle qu’en 1981, avant d’être élu, François Mitterrand avait dit qu’il légaliserait le cannabis, et lorsqu’il a été élu il a nommé un “premier monsieur drogues” qui, bien sûr, a rejeté cette proposition. C’était de l’électoralisme et cela a continué depuis. Tous les gouvernements n’ont fait qu’appliquer une politique hyper répressive, et font croire, pour avoir des voix aux élections, que le cannabis sera légalisé ou régulé.

SSFR : Êtes-vous fatigué de devoir vous battre pour faire reconnaître votre dignité de citoyen et de patient ?

Je milite pour l’usage thérapeutique depuis 1997. Il a fallu attendre plus de vingt ans pour pouvoir se faire entendre. Nous ne croyons plus aux discours des politiques, même pour cette expérimentation. Nombreux sont ceux qui pensent que cela n’aboutira à rien car en 2022, il y a des élections présidentielles et rien a été acté de manière globale pour l’ensemble des patients qui en font usage. Difficile de juger ce gouvernement plus qu’un autre, à croire que nos souffrances ne les intéressent pas.

Photo: Catherine Biasetto

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