L'héritage génétique Indien et le Charas, une tradition millénaire

Soft Secrets
24 Jul 2017
Dans le précédent numéro de Soft Secrets, vous avez pu découvrir une partie de notre expédition sur les traces des origines du cannabis en Inde. Nous allons décrire le patrimoine génétique indien rencontré, ainsi que ce qu'est le Charas, mythique extraction manuelle.

Sur la route des origines

D’après les dernières recherches, l'origine géographique du cannabis n'est pas tout à fait certaine : la région du fleuve Jaune en Chine pour certains, les plaines d'Asie Centrale, ou encore les contreforts Indiens de l’Himalaya pour d'autres. C’est cette dernière zone qui nous a particulièrement intéressé pour notre expédition. Le cannabis a été utilisé dans un contexte religieux et spirituel en Inde depuis la Période védique qui remonte à environ 1500 ou 2000 av. J.-C. Les textes sacrés mentionnent le cannabis comme l'une des «cinq plantes sacrées». Durant notre expédition dans le nord de l’Inde, nous nous sommes mis a la recherche des plantes ayant les caractéristiques typiques des landraces indiennes, en prenant en compte l'influence possible d'hybrides modernes cultivés dans la vallée dans la sélection de nos zones de recherches. L'héritage génétique Indien et le Charas, une tradition millénaire On retrouve du cannabis dans la vallée à partir de 1200m (Kullu est le village le plus bas de la Parvati Valley) et jusqu'à plus de 4000m, ce qui nous démontre une très grande résilience du cannabis sur son environnement. Et quel bonheur pour des chercheurs comme nous de trouver une si grande diversité. Comme il était expliqué dans l'article précédent, les forces de police indiennes organisent des raids pour détruire les cultures sur les parties les plus basses et accessibles de la vallée. Nous pouvons donc croiser des plantes sauvages, sur les bords des routes des Kullu jusqu'en haut de la vallée. Les premières parcelles cultivées où nous avons pu accéder de trouvaient à près de 2500m. Il a été très intéressant d'observer comment les plantes s'étaient adaptées et avaient exprimé leurs potentiels dans des conditions différentes. Le patrimoine génétique est très riche, et de nombreuses variations sont observables sur une même parcelle, ce qui a rendu notre recherche encore plus excitante. Contrairement à ce que nous avons pu entendre, le cannabis présent en inde du nord (tout comme dans le sud d'ailleurs ) est de type sativa, au high prononcé, sans plateau, ce qui explique son utilisation dans des rituels religieux ou yogique, pour atteindre des états de consciences modifiés. Les caractéristiques classiques sont des plantes de 1,5m à plus de 3m de haut, typiquement sativa, avec des feuilles élancées et fines. Pour la plupart, elles sont peu ramifiées, ce qui est dû aux conditions de culture, où les graines sont très généralement semées en rangs très serrés (en début de saison, les indiens sèment à la volée). Le profil organoleptique est un mélange et une variation (en fonction des phénotypes) de notes de pin, florales et fruitées, mentholées, mélangées à des touches d'épices. Des odeurs typiquement sativa ! Nous avons observé aussi des phénotypes qui se différenciaient complètement en terme d'expression. Des plantes avec des odeurs particulièrement plus épicées, d'autres aux odeurs de mangue, pastèque, ou encore une plante violette qui dégageait une odeur de boisson cola ! Ce sont toutes ces variations plus atypiques que nous étions venu chercher. C'est intéressant, parce que ce sont des odeurs que nous pouvons distinguer toujours par dessus le même profil de terpènes, unique aux génétiques de ce coin du monde. Il est clair que le patrimoine génétique indien est d'une richesse incroyable. Pour nous, il était fondamental de sauvegarder cet héritage de mère nature, afin que l'on puisse continuer à le léguer à nos enfants. Le travail de millénaires de breeding fait par la nature ! Il est important de continuer de perpétuer l'enrichissement du patrimoine génétique du cannabis, en réimplantant et en travaillant ces gènes dans le futur. L'héritage génétique Indien et le Charas, une tradition millénaire

Charas, tradition millénaire

Le charas est peu être la plus ancienne forme d'extraction du cannabis. C'est une extraction manuelle ancestrale, pratiquée aux pieds de l’Himalaya (Inde du Nord, Népal). La plus ancienne, simplement parce que c'est en touchant les plantes que nos ancêtres ont compris la possibilité d'en faire quelque chose, bien avant l’apparition des techniques de tamisage (XVIIème siècle Afghanistan - Moyen Orient). À la grande différence des principaux pays producteurs de Hasch comme le Maroc, l’Afghanistan, le Pakistan ou encore le Liban, dans les régions du nord de l’Inde et du Népal, les procédés d’extraction ne sont pas réalisés sur des plantes séchées, mais en frottant les fleurs fraîchement coupées avec les mains, récupérant ainsi les trichomes matures sur ces divines sativa. Celles-ci produisent une résine très grasse, noire. Le charas est une force économique majeure pour l’industrie rurale indienne. Généralement, toute la famille prend part à la culture, la récolte, et la fabrication de cette résine. Les enfants accompagnent les femmes dès le lever du soleil, pour aller récolter les plantes les plus matures, et ensuite passer le reste de la journée à fabriquer le charas. Ce geste répété du matin au soir permet d'obtenir environ 7 ou 9 grammes par jour seulement. Le Jungli charas, par exemple, est issu de plantes sauvages et non de plantes cultivées dans un champ. Le résultat est moins raffiné et on y trouve plus de contaminants, parfois même des graines. Ajoutons que les locaux n'attendent pas la pleine maturité des plantes pour faire du Jungli, puisqu'il est fait généralement à partir de plantes sur le bord des chemins. Nous y retrouvons donc une résine fraîche, aux trichomes immatures, qui manque de potentiel et d’arômes. L’unité de référence en Inde pour le charas est la tola (environ 11g) et elle peut être vendue sous la forme d’une petite galette ronde, d’une boule, ou d’un petit boudin. Pour information, une Tola coûtait quelque chose comme 80 roupies (soit 1,07 €) dans les années 70 à 80. Aujourd'hui, les prix tournent autour de 1500 roupies (20,11 €). Le prix peut varier du simple au triple en fonction de la qualité du produit et du savoir-faire du paysan, mais aussi de votre tête de touriste (n'oublions pas que, là-bas, nous représentons «la richesse occidentale») ! L'héritage génétique Indien et le Charas, une tradition millénaire Durant cette expédition, nous nous sommes rendus dans un village que vous connaissez très certainement : Malana, et et son mythique Malana Cream. La différence de qualité et sa réputation tiennent du fait que les fermiers Malanais, vivant dans une zone plus reculée et en haute en altitude (3000m environ), profitent d'avantages environnementaux et ont aussi un savoir faire plus développé. Bien qu'aujourd'hui avec le développement des infrastructures publiques, et l'accessibilité des villages plus reculés, ce savoir-faire s'est propagé dans toute la Vallée de Parvati. Les fermiers les plus méticuleux manucurent les fleurs avant de les frotter. La pression appliquée en frottant les fleurs entre leurs mains est minimale pour garder le plus de trichomes résineux possible, et le moins d’éléments végétaux. Cette opération est idéalement réalisée sous un soleil matinal, ou en fin de journée. En effet, on nous a expliqué que cela était bien meilleur pour la résine d'être travaillée sous ce doux soleil, réchauffant subtilement les paumes de mains. Et autant vous dire que d’être assis au milieu d'une culture pour la journée, à fabriquer du Charas sous ce magnifique soleil montagnard, avec un panorama à couper le souffle, les oiseaux qui chantent, une petite brise faisant se déployer avec délicatesse les terpènes de la vallée, et des voluptés de résine sativesques... C'est une expérience unique.

Regenerative Cannabis and Hash Master WorkShop

Durant l'expédition, et avec l'aide de notre ami indien, nous avons pu organiser un workshop. J'ai pu y aborder des sujets comme l'agriculture régénératrice, la permaculture (des sujets que j'aborderais plus en détails, prochainement dans Soft Secrets), et plus particulièrement les extractions de cannabis sans solvant avec de l'eau et de la glace. Nous avions emmené des sacs avec nous, (big up à Olivier de Parke de extracciones pour les sacs de qualité), que nous avons utilisé pour ce Workshop, puis offert à notre hôte, pour tout ce qu'il a fait pour nous. Nous avons eu la chance de travailler du matériel génétique qui était une parfaite expression des vraies Landraces Indiennes. Une jeune fermière, cultivant ces plantes seulement pour une utilisation médicinale dans sa famille, nous a apporté un énorme sac cabas, rempli de fleurs qu'elle avait coupé le matin même, pas toutes arrivées à maturité mais bien résineuses et quelle expérience de travailler avec ce matériel ! Elle cultive sur une petite surface, sélectionnant les meilleures plantes d'une année sur l'autre. Sans les connaissances modernes que nous avons sur notre plante, elle réalise un travail de breeding de qualité et nous l’avons félicité pour cela. L'héritage génétique Indien et le Charas, une tradition millénaire En mettant en avant un protocole simple, low-tech, pour permettre a ces locaux, de réaliser cette extraction facilement, l'idée était d'apporter une solution différente afin de valoriser leurs production, tout en réduisant le temps de travail, et la perte possible causée par leur technique traditionnelle, causée chaque année sur leurs parcelles. Nous avons donc réalisé cette extraction, échangé, appris, et partagé de l'amour autour de nous, en Inde, dans un des berceaux originels du cannabis. Entourés de ces locaux adorables, que nous ne manquerons pas de revoir prochainement, dans ce pays imprévisible mais tellement magique et vivant ! Ce fut pour nous une des plus belles expériences de vie que nous ayons eu jusqu'à présent. Depuis l'aube de l'humanité, l'homme est en relation proche avec le cannabis, et ce n'est pas prêt de se finir. Pour l'amour de la plante, le travail de mère nature, et l’éveil des hommes. Par Thomas @GreenGrassConnection
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