La recherche CANNABRIS

Fabrizio Dentini
03 Nov 2021

Avez-vous déjà consommé du cannabis pour arrêter, diminuer ou abandonner une substance que vous considérez plus nocive ? Si la réponse est oui alors vous pouvez raconter votre expérience et contribuer à la recherche CANNABRIS: « Utilisation auto-thérapeutique du cannabis dans l’usage problématique d’autres substances psychoactives». On en parle avec Martin Bastien, Doctorant en santé publique au sein du laboratoire de Sciences Economiques et Sociales de la Santé et Traitement de l'Information Médicale de Marseille.


SSFR: Pourquoi avoir choisi d’enquêter sur les vertus du cannabis comme drogue de sortie des substances plus lourdes?

En réalité, je n’enquête pas directement sur les «vertus» du cannabis, mais plutôt sur l’expérience des usagers et sur les bénéfices qu’ils perçoivent. Mais pour vous répondre, c’est plutôt les associationsPrincipes Actifs et PsychoACTIF qui nous ont contacté pour monter cette enquête. Car dans l’auto-support, cela fait longtemps que des usagers témoignent des bénéfices qu’ils ont tiré du cannabis comme substitut à leurs autres consommations de substances, sans avoir été vraiment considéré par le milieu de la médecine et de la recherche.

SSFR: Un slogan toujours vert dans la bouche des partisans de la prohibition est que le cannabis est la porte pour d’autres drogues plus dures. L’existence même de vos recherches semble réfuter cet axiome. Qu’est-ce que vous en pensez?

Je ne suis pas du tout d’accord avec cette «théorie de l’escalade», qui était à la mode et qui servait de base aux politiques de répression des drogues. Maintenant on a assez de recul et de données scientifiques pour savoir qu'il n'y a pas de relation causale entre «commencer par le cannabis» et «finir par des drogues plus nocives». Les causes du passage de l'un à l'autre sont multifactorielles et explicables par d'autres modèles.

SSFFR: L’alcool est-il également considéré comme une drogue dans votre recherche? Ceux qui ont des problèmes d’abus d’alcool et diminuent leur consommation grâce au cannabis peuvent-ils participer?

Oui bien sûr, l’alcool est aussi une drogue et nous prenons en compte les usagers d’alcool dans notre étude. Nous nous intéressons même à ceux qui utiliseraient le cannabis pour diminuer les consommations de médicaments prescris comme les benzodiazépines.

SSFR: Que signifie réduire le risque lié à la consommation de drogue en 2021?

À l’origine, la réduction des risques lié à la consommation de drogue avait surtout pour enjeu de faire face à l’épidémie de VIH qui frappait les injecteurs de drogues. Maintenant, réduire les risques liés à la consommation de drogues englobe aussi les questions des complications de santé, des overdoses, des effets indésirables, mais aussi de la répression et de la stigmatisation. La réduction des risques ne vise pas à empêcher les consommations de substances mais à limiter les conséquences négatives de ces consommations, qu’elles soient sanitaires, sociales ou juridiques. De ce point de vue, le choix personnel de certains d’usager de substituer une substance par une autre qu’il juge moins nocive pour lui, pourrait être considéré comme une démarche de réduction des risques.

SSFR: Comment participer à votre recherche?

Tout simplement à cette adresse, tant que le questionnaire est encore activé: https://cannavid.limequery.com/645143?lang=fr

Ou alors en trouvant le lien relayé sur les sites des partenaires de l’étude (PsychoACTIF et Principes Actifs) et par d’autres associations. Ensuite, pour aller plus loin dans cette étude, je compte faire des entretiens en face-à-face et questionner les participants sur leurs opinions et leur expérience à propos de cet usage thérapeutique. Je propose cet entretien à la fin du questionnaire, pour ceux qui y auraient répondu, et sinon j’essayerai de trouver des volontaires parmi mes contacts.

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Fabrizio Dentini