Barry Ashworth : « Dans ma jeunesse, les week-ends à Amsterdam étaient une sorte de rite de passage. »

Olivier F
29 Aug 2026

Dans cette rubrique, nous interviewons des artistes ou des personnalités qui consomment ou cultivent du cannabis. Depuis la fin des années 90, les Dub Pistols, fabriquent leur mélange musical explosif à base de reggae, ska, , jungle, dub ou electro. En 2026, le groupe originaire de Londres sort un nouvel album, « Enter The Sound » avec les Freestylers. Nous avons interviewé le leader du groupe, Barry Ashworth, un amateur de cannabis, qui était aussi l’un des meilleurs amis du célèbre écrivain Howard Marks, l’auteur de Mister Nice.


SSFR :  À quel âge as-tu fumé ton premier joint ? 
 
Barry Ashworth : Ça remonte à loin, je devais avoir 14 ans.
 
Et ton dernier joint ?
 
C’était ce matin.
 
Tu préfères le haschisch ou la marijuana ?
 
Je fume les deux. J'ai traversé différentes périodes où je préférais fumer des variétés plus fortes cultivées en hydroponie. Aujourd'hui, je préfère le haschisch, même si c’est moins facile à trouver au Royaume-Uni.
 
Quelle est ta variété préférée ?
 
Sans hésiter, la Blue Dream.
 
Tu es plutôt indica ou sativa ?
 
Ça dépend du moment de la journée. Si je veux me détendre ou dormir, je prends de l'indica. Si j'ai besoin d'énergie, de créativité ou si je veux fumer en journée, je prends de la sativa.
 
Tu préfères les pipes, les bangs, les vaporisateurs ou les joints traditionnels ? 
 
Les joints traditionnels sont mes armes de prédilection, mais j'ai aussi utilisé tout ce qui précède.
 
Quel type de papier à rouler utilises-tu
 
Le mien ! Dub Pistols propose ses propres kits à rouler aux couleurs du groupe : ils contiennent des feuilles à rouler king size non blanchies avec de la gomme arabique naturelle, un plateau à rouler et un grinder.
 
Es-tu déjà allé dans un coffeeshop néerlandais ou un club social de cannabis espagnol ?
 
J'y ai passé beaucoup de temps. Dans ma jeunesse, les week-ends à Amsterdam étaient un passage obligé, une sorte de rite de passage.
 
As-tu déjà essayé le BHO, le rosin ou l'huile de cannabis ?
 
Oui, oui et oui ! J'ai quasiment tout essayé !
 
As-tu déjà cultivé ton propre cannabis ?
 
Je laisse ça à notre fille. Elle est bien meilleure que moi !
 
As-tu déjà essayé le CBD ? 
 
J'ai effectivement essayé le CBD et nous vendons même nos propres produits à base de CBD en ligne. Les propriétés thérapeutiques du CBD sont bien documentées. J'en donne à ma mère pour soulager son arthrite et il m'aide à gérer mon stress et à mieux dormir.
 
Y a-t-il des livres ou des films sur le cannabis que tu apprécies particulièrement ? 
 
Un de mes films préférés de tous les temps reste le classique culte de Cheech & Chong, « Up In Smoke » Pour les livres, je pense bien sûr à  « Mr Nice », l’histoire de mon ami Howard Marks, qui fut un temps le plus gros trafiquants de cannabis du Royaume-Uni, voire du monde.
 
As-tu déjà assisté à une Cannabis Cup ou à un salon du cannabis ?
 
Nous avons joué en live à la High Times Cannabis Cup et nous étions également juges. C’était une expérience étrange. On a l’habitude que le public se déchaîne à nos concerts, mais là, tout le monde était vraiment défoncé et assis par terre pour regarder le spectacle. Au début, je me demandais ce qui n’allait pas, pourquoi ils ne sautaient pas ! Puis on a compris qu’ils étaient tous trop défoncés pour se tenir debout. Alors, on s’est assis nous aussi pour jouer. C’était un super événement.

 Barry Ashworth : « Dans ma jeunesse, les week-ends à Amsterdam étaient une sorte de rite de passage. »
Barry Ashworth et Jason O'Bryan des Dub Pistols.

Selon toi, dans quel pays trouve-t-on le meilleur cannabis ?

C’est une question de goût et de préférence personnelle. Parmi les pays souvent considérés comme les meilleurs pour la culture du cannabis, on trouve le Canada, où la légalisation a engendré une industrie florissante, les Pays-Bas, connus pour leurs politiques progressistes et leurs variétés de haute qualité. L'Uruguay est le premier pays à avoir entièrement légalisé le cannabis. De plus, des pays comme la Colombie et la Jamaïque bénéficient de climats idéaux pour sa culture, tandis que les États américains de Californie et du Colorado sont réputés pour leurs techniques de culture avancées et leur marché dynamique. Ces régions offrent non seulement des conditions favorables à la culture, mais aussi des cadres juridiques qui encouragent l'innovation et la qualité.
 
Penses-tu que le cannabis sera un jour légalisé au Royaume-Uni ?
 
Le cannabis médical est légal depuis novembre 2018. Les médecins spécialistes peuvent prescrire des produits à base de cannabis pour certaines pathologies, mais l'accès est assez restreint et coûteux. Je pense qu'avec le temps, il pourrait devenir légal, mais pour le moment, le gouvernement actuel n'a aucun projet en ce sens.
 
L'opinion publique est partagée : environ 47 % sont favorables à la légalisation contre 43 % qui s'y opposent. Les jeunes y sont beaucoup plus favorables.
 
Vous avez composé un excellent morceau sur le thème du cannabis, intitulé « Ganja », avec Rodney P, sur l'album « Rum & Coke ». Quelles sont les d'autres chansons sur le cannabis que vous avez enregistrées ?
 
Nous avons effectivement enregistré de nombreuses chansons sur la consommation d’herbe, notamment : « If You Ever Get A Draw » avec Myki Tuff, « Camberwell Carrot » avec Natty Campbell » ou « Chalice » avec Mikey General. 
 
En dehors de vos morceaux, quels sont tes ganja tunes préférées  ?
 
Il y a « Hits from the Bong » de Cypress Hill, « Blueberry Yum Yum » de Ludacris, « I Got 5 On It » de Luniz, l’hymne au cannabis de la Bay Area. Je citerais aussi le classique de Bob Marley, « Kaya » et  «Smoke The Weed » de Snoop Lion.
 
Vous avez commencé avec des morceaux du style big beat, un peu à la manière des Chemical Brothers. Puis, vous avez développé un son plus organique influencé par le ska et le reggae. Vous avez continué avec des morceaux ragga/jungle très dansants sur l’album « Return of the Pistoleros ». Comment décririez-vous le son des Dub Pistols en 2026 ? 
 
Notre son est toujours en  évolution. Avec dix albums studio à notre actif et deux autres en production, j'aime expérimenter différents styles. Je viens d'enregistrer un album live de reggae avec des invités, dont Horseman à la batterie et d'incroyables chanteurs comme Luciano, entre autres. Je travaille également sur un autre album électronique. C’est un album aux sonorités plus dub. Donc, ne sais pas trop comment décrire notre son, à part peut-être « teinté de dub et éclectique ».
 
Vous avez récemment sorti un album avec les Freestylers et plusieurs chanteurs invités. Pourquoi avoir choisi les Freestylers ? Qu'apportent-ils au son des Dub Pistols ?
 
Je connais Aston des Freestylers depuis environ 1997, époque où nous tournions ensemble aux États-Unis. Nous avons des goûts musicaux très similaires. Il a commencé par m'aider sur mon album Frontline, puis nous avons décidé de collaborer sur un nouvel album. Ses talents de producteur sont incroyables.
 
Vous êtes en tournée en Europe jusqu'en octobre. Combien de musiciens composent votre groupe sur scène ? Quels instruments utilisez-vous ?
 
Nous sommes un groupe de huit musiciens en tournée. Nos instruments : batterie, basse, trombone, trompette, guitare solo, et nous avons deux chanteurs.

 Barry Ashworth : « Dans ma jeunesse, les week-ends à Amsterdam étaient une sorte de rite de passage. »
Le dernier album des Dub Pistols, Enter The Sound, avec les Freestylers.

Tu faisais partie des amis proches du regretté Howard Marks, le célèbre Mr Nice. Comment l’as-tu rencontré ?

Rencontrer Howard Marks fut une expérience surréaliste, surtout pour quelqu'un comme moi qui l'admirait bien avant que nos chemins ne se croisent. Après avoir lu son livre Mr. Nice, je l'avais imaginé comme un personnage hors du commun. Lors de notre première rencontre à Ibiza, l'ambiance était aussi vibrante que l'homme lui-même. Je me produisais au mythique Manumission, et en entrant dans l'hôtel, je l'ai aperçu, dormant paisiblement au bar. Une image parfaite pour un homme qui avait été témoin des folles aventures estivales en ce lieu même. Ce soir-là, nous avons partagé des joints et des anecdotes, riant et échangeant des réflexions si bien que les heures se sont écoulées sans que nous nous en rendions compte. Howard était un conteur hors pair, tissant les récits de ses aventures avec un tel charisme qu'on avait l'impression d'être en présence d'une personne vraiment extraordinaire.

Vous avez aussi collaboré artistiquement…

Notre amitié s'est rapidement épanouie. Il est devenu non seulement un mentor, mais aussi un ami précieux. Sa contribution à ma musique a été inestimable. Il a notamment rédigé les notes de pochette de nos albums Rum & Coke et Speakers & Tweeters. Notre collaboration s'est poursuivie bien au-delà, avec des tournées et des séances d'enregistrement communes qui ont immortalisé ses réflexions sur la vie, sur fond de notre musique. La dernière fois que j'ai vu Howard fut un moment à la fois poignant et magnifique, quelques jours seulement avant son décès des suites d'un cancer. J'ai eu le privilège de l'interviewer lors d'une séance de questions-réponses en direct, et même à cet instant, il rayonnait de chaleur et de charisme. Howard Marks n'était pas seulement un ami. C'était une légende dont l'esprit continue d'inspirer.

Peux-tu nous parler du Mucky Weekender, le festival que vous organisez chaque année en septembre en Angleterre ?
 
C’est un festival de musique et d'arts dynamique et intimiste de trois jours qui se tient à Vicarage Farm, à Woodmancott, près de Winchester, dans le Hampshire. Et c’est moi qui l’organise. Il attire environ 5 000 festivaliers sur un magnifique domaine privé de 11 hectares avec quatre scènes, dont une isolée dans les bois, créant une atmosphère magique et immersive. Il met à l'honneur une grande diversité de genres musicaux : groupes live, DJs, musique électronique, reggae, breakbeat, house, drum & bass… Il se déroule début ou mi septembre. Pour cette année 2026, le festival se déroule du 10 au 12 septembre.
 
Quels sont les artistes à l’affiche du festival ?
 
Parmi les artistes des éditions précédentes et récentes du Mucky Weekender, on a pu voir des pointures comme Groove Armada, Fabio & Grooverider, David Rodigan, The Orb, des membres d'Orbital, Utah Saints, Freestylers et bien sûr, les Dub Pistols eux-mêmes. Il y a aussi des talents émergents, des artistes de rue et des numéros de cirque.. Les festivaliers profitent d'une offre culinaire et d'un marché variés, et d’une atmosphère détendue et inclusive qui allie découverte musicale et véritable évasion. Il est possible de camper sur place.
 
Dub Pistols en concert le 23 octobre 2026, au New Morning à Paris

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