18 juin 1976, le premier appel du 18 joint

Olivier F
18 Jun 2019

Dans cette rubrique, nous évoquons les dates importantes qui ont marqué l’histoire du cannabis. Comme nous l’avons vu dans les précédents numéros, plusieurs lois ou décrets réglementaient déjà l’usage et le trafic de drogue mais la loi du 31 décembre 1970, qui punit jusqu’à un an de prison ferme le simple usage de cannabis, est particulièrement sévère.   


Par Olivier F

Cette loi qui interdit l’usage de toutes les drogues, même en privé, a tout de suite été contestée par une partie de la jeunesse et certains intellectuels qui la considéraient liberticide. Mais à cette époque, plusieurs overdoses d’héroïne ont défrayé la chronique et l’opinion publique est majoritairement favorable à la répression de l’usage et du trafic de drogue, cannabis compris. La presse, qu’elle soit de gauche ou de droite, considère alors la drogue dans son ensemble comme un véritable fléau et les journalistes sont peu nombreux au début des années 70 à défendre la légalisation ou la dépénalisation du cannabis.

Deux titres se distinguent néanmoins par leur coté « cannabis friendly » : le quotidien Libération et le mensuel Actuel créé par Jean François Bizot. Entre 1970 et 1975, la première formule d’Actuel, qui tirait jusqu’à 90.000 exemplaires, a consacré plusieurs unes au cannabis. C’est notamment dans Actuel que l’on a pu découvrir les aventures en bandes dessinés des célèbres personnages créés par Gilbert Shelton : les Fabulous Freak Brothers, ces trois hippies américains obsédés par la marijuana. Mais en 1976, le magazine Actuel n’existe déjà plus et c’est dans Libération que le premier grand texte anti-prohibitionniste a été publié : l’Appel du 18 Joint.

Le texte a été rédigé à l’initiative de quelques journalistes de Libération et d’anciens d’Actuel. L’appel du 18 joint est bien sûr une référence à l’Appel du 18 juin 1940, le premier discours du Général De Gaulle sur les ondes de la BBC qui appelait les français à prendre les armes et à résister à l’invasion nazi. Le texte met en avant la discrimination dont sont victimes les fumeurs de cannabis alors que les drogues légales sont souvent plus nocives, en commençant ainsi : « Cigarettes, pastis, aspirine, café, gros rouge, calmants font partie de notre vie quotidienne. En revanche, un simple « joint » de cannabis peut vous conduire en prison ou chez un psychiatre ». 

En 2018, 42 ans après, le texte reste étonnement actuel. A l’époque, des rapports plutôt favorables au cannabis avaient déjà été publiés : « Des dizaines de documents officiels (notamment les rapports La Guardia aux Etats-Unis, Wootton en Grande-Bretagne, Le Dain au Canada) ont démontré que le cannabis n'engendre aucune dépendance physique… Le contenu de ces documents n'a jamais été porté à la connaissance du public français…» En conclusion, les signataires demandent la dépénalisation totale de la consommation de cannabis : « Nous demandons que soient prises les mesures suivantes : ­ Dépénalisation totale du cannabis, de son usage, sa possession, sa culture (autoproduction) ou son introduction sur le territoire français en quantités de consommation courante. »

Le texte a ensuite été présenté à de nombreuses personnalités et malgré plusieurs refus, même parmi les consommateurs de la plante, il a finalement été signé par un certains nombre, de journalistes, hommes politiques, philosophes, médecins, artistes et personnalités du showbizz. Une belle brochette de personnalités dont plusieurs artistes toujours en activité et des hommes politiques dont certains ont depuis fait une belle carrière et participé indirectement au maintien de la prohibition. La plupart des signataires n’ont pas réitéré leur soutien à la dépénalisation du cannabis.

Voici les noms de quelques signataires de ce premier appel : Bernard Kouchner (médecin, ministre de Mitterrand, Jospin et Sarkozy), Philippe Val (ex directeur de Charlie Hebdo et de Radio France, ami de Sarkozy), Maxime Le Forestier (chanteur), Gotlib, Gébé, Gir Moebius (dessinateurs), Bertrand Tavernier (réalisateur), Jérôme Savary (metteur en scène), Isabelle Huppert, Bernadette Lafont (actrices), Jean-Pierre Kalfon (acteur), Gilles Deleuze et le père de Raphaël Glucksmann, André Glucksmann (philosophes). Toutes ces personnes reconnaissent avoir déjà fumé du cannabis : « Nous déclarons publiquement avoir déjà fumé du cannabis en diverses occasions et avoir, éventuellement, l'intention de récidiver. » Le 18 juin 1976, un petit groupe de militants est allé déposer un plant de cannabis devant la statue du naturaliste Lamarck au Jardin des plantes à Paris. Le philosophe François Châtelet a ensuite lu le texte de l’appel également publié dans Libération.  En fin de journée, plusieurs centaines de personnes se sont réunis au parc des Buttes-Chaumont pour soutenir la cause et jouer de la musique.

Ce n’est qu’en 1993, 17 ans plus tard que l’Appel du 18 Joint a été repris par le CIRC (Collectif d’information et de recherche cannabique) qui en a fait un rassemblement annuel à Paris, à Lyon et parfois dans d’autres villes. Il existe des événements cannabiques célébrés simultanément dans le monde entier (4/20, Worldwide Cannabis March..) mais certains pays organisent leur propres évènements, à une date précise, en adéquation avec leur culture et leur histoire. C’est le cas en France avec l’Appel du 18 juin.

18 juin 1976, le premier appel du 18 joint
Le philosophe François Châtelet en train de lire l'appel du 18 Joint, le 18 juin 1976 au jardin des plantes à Paris (photo publiée dans le journal Libération)
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Olivier F