Albanie, le nouveau grenier d'Europe?

Voyage

Un hangar d'aérodrome rempli de têtes…

Cet été a eu lieu un sérieux incident dans le village cannabique malfamé de Lazarat dans le sud de l'Albanie. Une confrontation entre les cultivateurs de marijuana et une unité spéciale “incorruptible” des forces de police de Tirana s'est terminée par la mort d'un policier. Depuis que les autorités essayent de stopper la culture de cannabis à grande échelle à Lazarat en 2014, les tensions n'ont cessé de grimper dans cette Corée du Nord européenne. Le prix du kilo est monté en flèche et de plus en plus d'Albanais essayent de compléter leur maigre revenu ou pension avec la culture de cannabis en plein air. Charlie Stone de Soft Secrets a été invité à Lazarat de nombreuses fois ces dernières années et nous revient ici avec un reportage sur la nouvelle Guerre contre la drogue menée par l'Albanie forcée par l'UE.

Les champs de Lazarat en 2013

Eté 2013, sud de l'Albanie. Sur la route menant à la ville pittoresque de Gjirokaster où se trouve la plus grande forteresse médiévale d'Europe, il y a un petit chemin qui mène au village célèbre pour son cannabis, Lazarat. Quand on n'est pas au courant, on pense pluttôt que ce chemin mène à un cul de sac dans le fin fond des montagnes. Mais c'est alors qu'il surgit. A 150 mètres d'altitude, je suis littéralement frappé par un nuage à l'odeur puissante de marijuana, malgré les fenêtres fermées et l'air conditionné branché de notre Land Rover. L'odeur est puissante et ne laisse aucun doute. On ne peut en échapper. C'est comme si un nuage d'herbe âcre avait subitement enveloppé la montagne. A ce moment-là, j'ai également vu les premières petites maisons: nous arrivions à Lazarat. J'ai aussi immédiatement vu les énormes plantes de cannabis qui envahissaient chaque centimètre des toits, des balcons et des jardins des petites maisons. Les gens cultivaient de l'herbe comme s'il n'y avait pas de lendemain. Après avoir encore roulé 100 mètres sur un chemin bétonné en piteux état (l'asphalte n'a jamais été posé par le gouvernement et les villageois ont eux-mêmes construits les routes de montagne), nous avons atteint un genre de check point: un jeune garçon de peut-être 18 ans armé d'une grande Kalachnikov. Ce garçon vient du village et son travail est d'empêcher tout étranger d'entrer à Lazarat. Les touristes, les journalistes, les voyageurs et mêmes les représentants officiels: aucun étranger n'entre à Lazarat sans l'invitation d'un de ses résidents. Grâce à mon expérience dans la culture du cannabis et mes connaissances des génétiques, j'ai eu la chance d'être un hôte bienvenu et j'ai pu me déplacer avec des habitants du village. La sentinelle souriante nous a invité à entrer. Les dalles de bétons à grimper étaient de pire en pire et la pente de plus en plus forte. Nous avons fait d'étranges manœuvres pour traverser des rangées étroites de maisons. Ici aussi, partout où on regarde, il y a des plantes de marijuana géantes qui dorent au soleil. Une grande mare de sang brille devant nous et coule lentement derrière la montagne… Heureusement, personne n'est mort ici; mon chauffeur m'explique q'un mouton vient d'être tué pour marquer l'achèvement d'une nouvelle maison, un rituel local.

Pendant un moment, on a l'impression d'être en Afghanistan

Pendant l'époque de l'horrible dictateur communiste Enver Hoxha (qui a dirigé le pays de 1944 à 1985 comme un genre de goulag stalinien qu'on ne peut comparer qu'à la Corée du Nord), Lazarat avait la redoutable réputation d'un village 'rebelle'. De nombreux hommes et femmes de Lazarat ont été déportés dans des camps dont ils ne sont jamais revenus. Comme punition supplémentaire, le dictateur a décidé de couper Lazarat de toutes les commodités comme l'eau et l'électricité. Depuis qu'Hoxha est mort et que l'Albanie s'est lentement extirpée de la vallée profonde du stalinisme, il n'y a pas eu beaucoup d'amélioration. Les villageois ne dépendent que d'eux-mêmes pour tous les travaux publics: le gouvernement de Tirana ne connaît toujours quasi rien de ce village. Il n'est donc pas étonnant qu'il y a environ 10 ans, quelqu'un a eu l'idée géniale de cultiver du cannabis destiné à l'exportation. Le climat albanais est sans doute le meilleur climat d'Europe pour la culture du cannabis; avec des températures moyennes de 28 degrés l'été et une humidité agréable, le pays à l'air d'avoir été créé pour la culture du cannabis. La culture a eu un énorme succès et d'autres villageois ont immédiatement sauté sur l'occasion pour se créer une nouvelle source de revenus. Quelques années plus tard, Lazarat est devenu le secret le mieux gardé d'Europe: le grenier d'herbe qui approvisionnait la Grèce et l'Italie avec une bonne herbe outdoor. La première fausse note est survenue quand deux touristes hollandais sur des mopeds ont accidentellement débarqué à Lazarat. Les gars ont mis leur vidéo sur YouTube et le 'secret' de Lazarat a été révélé. Mais il a fallu encore quelques années pour que le gouvernement s'y implique activement. Les agents locaux et la police étaient ravis d'être soudoyés et ont facilité la transformation de l'industrie cannabique de Lazarat en un business valant des millions d'euros, ce qui représente un tiers du PIB. Ce fut la raison de l'apparition soudaine de Lamborghinis et de Maseratis dans les ruelles de ce village insignifiant et de nouvelles maisons un peu partout. Mais il n'y avait pas urgence à agir contre les 'bandits' de Lazarat car tout le monde tirait profit des bénéfices. Malheureusement, ça a changé dès que l'Albanie a commencé ses pourparlers avec Bruxelles pour devenir membre de l'UE. La première chose qu'elle a dû faire fut d'éradiquer le commerce du cannabis à et autour de Lazarat. On a même offert de l'aide aux Albanais; parce que le pays ne dispose pas d'hélicoptères, l'Italie a promptement mis les siens à sa disposition. C'est comme ça que les habitants de Lazarat ont été amenés à faire feu sur des hélicoptères italiens pour les tenir à distance. En vain, bien sûr. L'été 2014 a amené l'opération policière et militaire tant attendue durant laquelle Lazarat à temporellement été évacué et que des centaines de plantes de marijuana dans la fleur de l'âge ont été détruites. Mais cela ne s'est pas déroulé sans résistance car l'opération a été précédée de trois jours de défense féroce et de tirs croisés avec les habitants de Lazarat qui refusaient qu'on détruise leur gagne-pain sans opposer de résistance. Quand la fumée s'est dissipée, toute la population masculine de Lazarat avait fui dans les montagnes. La police et les forces spéciales de Tirana qui ne connaissaient pas la population locale ont alors pu commencer leur travail de destruction.

Qui dit mieux?

Nous sommes montés plus haut dans la montagne et nous sommes arrêtés à la maison d'un de mes compagnons. Cultivateur de cannabis de Lazarat lui aussi, il faisait au moins l'effort de soutenir les plantes avec des tuteurs en bambou, quelque chose qu'on ne voit pas beaucoup. Et c'est très dommage parce que toutes ces plantes sont des monstres avec des têtes aussi grosses que des bouteilles de lait couvertes d'une épaisse couche de cristaux de THC. L'excellent climat est parfait pour ces cultures et la très grande majorité des plantes produisent au moins un kilo. Une estimation prudente du nombre de plantes à Lazarat en 2013 parle d'1,1 million! Calculez les bénéfices! Mais ces bénéfices ont surtout augmenté en 2015. Le prix est monté en flèche à cause de la répression gouvernementale. Alors que le prix au kilo en 2013 était de 200€ (prix payé par un intermédiaire grec), en 2015, il est passé à 2.000€ le kilo! Dix fois plus! Des Albanais de tout le pays ont alors sauté dans le trou que Lazarat a été forcé de laisser. De Tropoje dans les montagnes du nord à Flores sur la Côte, les gens ont commencé à cultiver partout. Pour 2.000€ le kilo, un grand nombre d'Albanais sont prêts à prendre le risque; dans de nombreuses régions du pays, 2.000€ représentent un salaire annuel!

Un champ plein de Special Queen

Pendant quelques jours, j'ai examiné les plantes de Lazarat et donné des conseils pour améliorer la culture. Mais que dire face à des plantes qui se cassent presque sous le poids de leurs énormes têtes? Le seul vrai problème, c'est les chenilles, des millions s'agrippent aux plantes. La terre est également très fertile mais il faut amener de grandes quantités d'eau quotidiennement avec un camion citerne. La plupart des cultivateurs ont commencé à creuser eux-mêmes des puits dans la montagne qui permettent de stocker l'eau pour l'irrigation des plantes. Les plantes sont cultivées sur chaque centimètre de terre disponible et sont tout près les unes des autres, ce qui ne semble pas les affecter. La récolte donne l'eau à la bouche et est inimaginable aux Pays Bas. La seule chose que les cultivateurs de Lazarat font mal est le processus de séchage. Quand les équipes de tailleurs ont supprimé les feuilles des plantes, les têtes sont suspendues à l'extérieur pour le séchage… directement au soleil! Peu se préoccuper de les faire sécher dans l'obscurité et souvent, il n'y a simplement pas assez de place. Plus tard, j'ai vu un hangar de la taille d'un hangar d'aérodrome complètement rempli de têtes sèches, du sol au plafond! On ne parle plus de kilos mais de tonnes d'herbe séchée!

Il est difficile de savoir ce qui va se passer pour Lazarat dans le futur. L'été 2015 n'a pas apporté de bonnes nouvelles. Même si certains habitants ont tenté de relancer les choses, des officiers de police y ont rapidement mis fin. On peut dire aujourd'hui que Lazarat est un des villages les mieux gardés d'Albanie car les agents de Tirana s'y sont installés durablement et ont construit un grand commissariat dans le village. La culture du cannabis a envahi le reste de l'Albanie. Elle n'est plus concentrée dans un lieu mais répartie dans le pays, ce qui va causer de nouveaux soucis aux ministres de l'UE.

Encore une fois, on ne peut que constater l'inutilité de la Guerre contre la drogue battre son plein…

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